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Une exploitation en classe de la BD "Maus" d’Art Spiegelman

samedi 9 janvier 2010, par F.Cayot

 

Maus d’Art Spiegelman

 

Art spiegelman est un auteur de bande dessinée américain qui propose en 1986 une histoire, "MAUS" racontant la vie de sa famille pendant l’holocauste. Art Spiegelman a utilisé les propos de son père. Il obtient d’ailleurs un prix Pulitzer spécial pour cette oeuvre.

 

Fabrice Cayot propose d’utiliser en classe (lycée) quelques pages de l’oeuvre pour expliquer les chambres à gaz.

 

L’utilisation de Maus en classe de 3e

 

Pourquoi utiliser Maus pour évoquer la Shoah :

 

Depuis quelques années, la Bande dessinée apparaît comme un outil intéressant pour aborder certaines points historiques. D’une manière plus générale, la fiction apparaît désormais un outil de travail intéressant pour l’enseignement de l’Histoire. Quelques auteurs de Bandes dessinées, à l’image de Joe Sacco produisent en effet des discours d’une grande richesse. Initier les élèves à décrypter ces bandes dessinées et leur donner le goût de tels lectures apparaît un objectif souhaitable tout comme la variation des supports d’enseignement.

 

Plus particulièrement, l’intérêt de la Bande dessinée est de constituer un support assez juste pour évoquer l’indicible, l’horreur absolue de la Shoah. Il est toujours difficile de trouver un bon parti pour faire le récit du génocide et notamment des camps de la mort. Il n’est pas toujours évident de trouver le ton juste et les documents appropriés pour faire comprendre cela aux élèves et non pour les émouvoir. Ici le travail historien est encore compliqué par la question du témoignage qui est l’une des sources majeures de ces évènements. Ainsi, que ce soit par la Bande Dessinée ou par le roman, introduire le récit de la Shoah par la fiction, avant tout travail sur la documentation écrite me paraît être une piste tout à fait appropriée.

 

Le choix de la Bande dessinée : Maus ou Auschwitz

Deux bandes dessinées traitent du problème de la Shoah avec des partis narratifs, artistiques et mémoriels très différents : Maus d’Art Spiegelman et Auschwitz de Pascal Crocci. L’auteur de Maus est très impliqué par l’histoire qu’il raconte puisqu’elle renvoie au vécu de son propre père et la difficulté qu’il a eu à le comprendre. Le discours est très distancié, chaque épisode est introduit par le propos d’un témoin. En même temps, la dimension mémorielle est entièrement assumée. Pour pouvoir transmettre sereinement, l’auteur utilise un code narratif très abouti. Chaque « nationalité » est représentée par une race d’animal : les allemands sont représentés sous la forme de chats, les français sous la forme de grenouilles, les juifs sous la forme de souris etc. Ce choix narrative peut être rapproché de celui de la Bande dessinée jeunesse La bête est morte de Calvo, datant de 1944.

Moins précis, Auschwitz cherche l’émotion. On peut ainsi reprocher au récit un manque de distance avec l’horreur. Il s’agit d’une œuvre magnifique mais mal adaptée à un travail de réflexion (alors même qu’un livret pédagogique conçu par le CNDP a été prévu à cet usage). Son récit utilise le témoignage des survivants (tout en se méfiant du discours historien). Il met le lecteur en état de témoin direct de l’horreur alors que Maus passe par le filtre du témoin et du masque. Plus gênant, la notion de temps est écrasée dans Auschwitz alors qu’elle est complètement mise en scène de Maus.

 

Quelques liens pour l’utilisation de la Bd en classe :

Sur le support :

http://www.curiosphere.tv/dimensionBD/enseignant/enseignant.html

 

De nombreux liens sur :

http://www.clionautes.org/spip.php?article932

 

Des idées de Bd à utiliser :

http://www.clionautes.org/spip.php?article118

 

Une autre réflexion sur l’utilisation de Maus avec des classes professionnelles. Les difficultés sont ici bien traitée.

http://artic.ac-besancon.fr/lp_lettres/groupedetravail/temoignage/menuintroductiongenerale.htm

 

 

Consignes.

La séance doit s’intégrer à une leçon sur le nazisme après avoir évoqué la persécution des juifs.

 

Rappel du contexte sur les camps

Un camp d’extermination est un lieu organisé pour l’exécution en masse de personnes. Il se distingue des camps de concentration par son unique activité : l’assassinat de masse. Les camps d’extermination nazis réalisent la mise en pratique de méthodes industrielles pour le massacre organisé des juifs, des homosexuels, et des tziganes. Dans le cas des juifs, cette politique d’extermination fut appelée « la solution finale de la question juive » par les fonctionnaires nazis, finalisée lors de la conférence de Wannsee le 20 janvier 1942.

Auschwitz-Birkenau : Ce camp de concentration est créé en mai 1940 et libéré par l’Armée rouge le 27 janvier 1945. En cinq années, plus de 1,3 million d’hommes, de femmes et d’enfants, meurent à Auschwitz, dont 900 000 immédiatement à leur sortie des trains qui les y amenaient. 90 % de ces personnes étaient juives.

 

Présenter la bande dessinée

Maus est une bande dessinée d’Art Spiegelman traitant des persécutions des juifs dans les années 1930 et 1940, et notamment de la Shoah. Elle a été publiée tout d’abord dans une revue à partir de 1981. Cette œuvre a reçu le prix Pulitzer en 1992 et a été traduite en dix-huit langues. Maus raconte, à travers le dialogue de l’auteur et de son père, l’histoire de celui-ci juif polonais, survivant des ghettos polonais et d’Auschwitz. On y découvre les persécutions nazies, depuis le début de la Seconde Guerre mondiale et l’invasion de la Pologne jusqu’à l’effondrement du Troisième Reich et l’immédiat après-guerre. Dans son œuvre, Art Spiegelman représente les différents groupes nationaux par différentes espèces d’animaux : les Juifs sont représentés par des souris (« Maus » signifie « souris » en allemand), les Allemands par des chats, les Français par des grenouilles, les Américains par des chiens, les Suédois par des élans, les Polonais par des porcs, les Britanniques par des poissons, l’enfant né d’une liaison entre des personnes juives et allemandes par une souris au pelage marqué de rayures félines.

 

Répondre aux questions.

Ensuite utiliser un document pour montrer aux élèves où se situaient les camps de concentration et pourquoi.

 

D’après la bande dessinée d’Art Spiegelman, essayez de comprendre comment les nazis ont organisé le génocide juif en répondant par écrit aux questions suivantes :

 

1. De quelle manière, les nazis font-ils disparaître toute trace d’Auschwitz ?

2. Pour quelle raison font-ils cela ?

3. Citez les différentes pièces qui composaient les « crémos » ?

4. Quelle était la fonction des fours ?

5. Que disait-on aux gens qu’on envoyait aux « crémos » ?

6. Comment tuait-on les prisonniers ?

7. Comment les nazis font-ils disparaître les corps ?

8. Pourquoi les prisonniers juifs ne sont-ils pas rebellés ?

9. La bande dessinée (document 1) vous paraît-elle correspondre au témoignage du bourreau nazi (document 2) ?

10. Le commandant Joseph Kramer (document 2) a-t-il éprouvé une certaine émotion au moment de l’exécution ?


Biblio : Maus, un survivant raconte

Mon père saigne l’histoire (1986)

Et c’est là que les ennuis ont commencé (1992)

Extrait document 1 (le respect des droits d’auteur nous interdit de publier les extraits de la bande dessinnée. Les documents utilisés correspondent aux pages 69 à 73)

Document 2 :

"Je déclarais à ces femmes qu’elles devaient passer dans la chambre à désinfection et je leur cachais qu’elles devaient être asphyxiées.Assisté de quelques SS, je les fis complètement déshabiller et je les poussai dans la chambre à gaz, alors qu’elles étaient toutes nues.
Au moment où je fermais la porte, elles se mirent à hurler. J’introduisis, après avoir fermé la porte, une certaine quantité de sels dans un entonnoir placé au-dessus et à droite du regard. En même temps, je versai une certaine quantité d’eau qui, ainsi que les sels, tomba dans la chambre à gaz au bas du regard.[...]
J’observai par le regard extérieur ce qui se passait à l’intérieur de la chambre. Je constatai que ces femmes ont continué à respirer environ une demi-minute puis elles tombèrent à terre.[...]
Je n’ai éprouvé aucune émotion en accomplissant ces actes car j’avais reçu l’ordre d’exécuter de la façon dont je vous ai indiqué les 80 internés. J’ai d’ailleurs été élevé comme cela."
Déposition du commandant Josef Kramer (qui exécuta les 86 gazages, en août 1943) auprès de la justice militaire française, 26 juillet 1945.

Commentaire après expérimentation de la séquence sur Maus par Louise Bourgeois (collège Giroud – Clamecy) :

Si j’ai voulu utiliser cette Bd, c’est en partie pour contourner la fascination morbide que peuvent avoir certains élèves face à la mort. Certains d’entre eux m’ont presque fait peur pendant le cours sur la 1ere guerre mondiale.

A l’intérieur de la séance sur la 2nde GM (5h), j’ai décidé de prendre 1 h pour aborder la Shoah. J’ai emprunté les 2 tomes de Maus au CDI. J’ai commencé par demander aux élèves de rappeler à la classe ce qu’ils avaient appris sur la Shoah la séance précédente. Je leur ai présenté la BD et l’auteur (condition de l’écriture...).

L’exercice consistait à comparer la BD et le témoignages d’un SS. Ils devaient répondre à 4 ou 5 questions, ce qui lourd pour eux. J’étais donc partie pour un travail ambitieux.

Le but affiché était de comparer deux types de sources, deux témoignages et de prendre conscience des problèmes que peuvent poser les témoignages pour "fabriquer" l’histoire. Il me semble que ce point ait été plutôt bien compris. Je vérifiai lors de la prochaine évaluation avec un petit bonus. L’autre partie de l’exercice consistait à décrire les étapes de l’extermination dans les camps. Là encore cela n’a pas posé de grosses difficultés, pour ceux qui se sont prêtés au jeu. J’ai ensuite dû ajouter que les Juifs n’étaient pas les seuls à être envoyer dans les camps... le nombre de morts... pour faire une petite synthèse.

 

Ce qui n’a pas été compris, c’est l’utilisation du noir et blanc par l’auteur, seuls les bons élèves qui sont aussi amateurs de mangas n’ont pas été gênés par l’aspect. S’ils ont tous compris l’utilisation des souris et des chats, beaucoup n’ont pas apprécié. De plus, le fait d’utiliser 5 planches de la BD leur a semblé trop long. Il est vrai que la plupart d’entre eux ne lisent vraiment rien sorti du collège. Pour donner un exemple, lors du cours sur le Japon, je me suis aperçu que beaucoup d’entre eux n’avaient jamais lu de manga. Une bonne moitié de chacune de mes classes a été rebutée dès le début de la séance par la masse de documents à lire. A l’annonce du travail sur la BD, ils étaient tous très joyeux, en passant au travail, il y avait nettement moins de participation. Mais c’est leur attitude habituelle face au travail.