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Rubrique Mise au point scientifique Histoire

Compte-rendu des rendez-vous de l’Histoire à Blois Edition 2010

Le 7 novembre 2010 - J-F Boyer webmestre
Compte-rendu des rendez-vous de l’Histoire à Blois Edition 2010

Mickael Bertrand professeur au collège des Lentillères à Dijon.propose un compte rendu des rendez-vous de l’histoire à Blois, édition 2010. Le thème est faire justice.

Comme chaque année à cette période, de nombreux historiens ne sont réunis à Blois du 14 au 17 octobre 2010 autour du thème annuel : FAIRE JUSTICE.


 A l’image du Festival International de Géographie, il n’est jamais possible de faire un bilan complet de la manifestation tant elle est riche en évènements. Ainsi, durant quatre jours se succèdent et se chevauchent des cycles de cinéma, des ateliers pédagogiques, des conférences, des spectacles, des cafés historiques, des émissions de radio et de télévision, des débats, des rencontres… Il vous est possible de retrouver le programme complet sur le site :


Hélas, à l’exception des temps forts et des interviews des « stars » du festival, toutes les interventions ne sont pas enregistrées. C’est pourquoi je vous propose aujourd’hui ce modeste compte-rendu.
Tout d’abord, un petit medley des documents disponibles en ligne :
les reportages de l’ECPAD :

les reportages et émissions de France 3 :


Pour ma part, j’ai assisté à plusieurs débats que je vais tenter de vous résumer le plus efficacement possible, en repérant quand cela est possible les éventuelles pistes de transposition pédagogique.

1. Quelle place pour les fusillés de 14-18 dans la mémoire nationale ?

Avec André Bach, André Loez, Nicolas Offenstadt et Joseph Zimet.

Ce débat (toujours organisé sous la forme traditionnelle des RDV de l’Histoire, c’est-à-dire avec une heure de présentation des intervenants, puis 30 minutes de questions du public) avait pour objectif de reposer cette question brûlante de la place des fusillés de la Grande Guerre dans l’écriture de l’histoire et dans la mémoire nationale. Dès le départ, les intervenants ont rappelé que les polémiques récurrentes autour de ce sujet sont strictement d’ordre mémoriel. On ne peut pas réellement considérer que nous souffrions d’un manque de recherche historique.
 Il semble en fait que c’est le caractère exceptionnel du contexte de la Première Guerre mondiale qui ait posé question. Dans le carnage humain du conflit, il apparaissait inacceptable que l’armée française ait éclairci ses propres rang.
A cela s’ajoute le rôle ambigu de celui qui a longtemps été considéré comme le « héros de Verdun » : Philippe Pétain. La mémoire nationale ne supportant pas de trop grandes distorsions biographiques qui brouillent le message, il est progressivement devenu acquis qu’à partir de l’année 1917 durant laquelle Pétain devient Commandant en chef des armées, une répression sanglante s’abat sur les soldats.
 Les travaux récents d’André Loez, jeune historien à l’érudition époustouflante, reviennent sur cette affirmation trop caricaturale. Partant de ce constat, la question mémorielle devient complexe. Dès 1921, des Anciens Combattants avaient souhaité revenir sur les jugements un peu trop expéditifs de ces fusillés de guerre. L’état français a jusqu’alors toujours refusé, répondant avec une argumentation plutôt convaincante qu’il n’est pas possible, sous peine d’ouvrir la boîte de Pandore, de revenir sur des décisions de justice passée. Dès lors, les discours se sont succédés (le dernier en date étant celui de Nicolas Sarkozy en novembre 2009) pour réhabiliter symboliquement et à peu de frais la mémoire de ces hommes, sans contester le pouvoir judiciaire.
Il semblerait pourtant que cette position soit sur le point d’évoluer. Josep Zimet, conseiller au cabinet du secrétaire d’État aux Anciens Combattants, annonce qu’une commission mixte juridique et historique pourrait voir le jour prochainement pour réfléchir à cette question.

A lire :
- André LOEZ, 14-18. Les refus de la guerre, Paris, Gallimard, 2010.
- le compte-rendu d’Antoine Prost sur cet ouvrage : http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document.php?id=1642



 Exemple de transposition pédagogique : Dans le cadre du programme de Terminal, et notamment du « Bilan et mémoires de la Seconde Guerre mondiale », on peut envisager une extension comparative avec la Première Guerre mondiale et cette questions des victimes de la justice militaire.

 2. Justice et politique en France et en Italie

 Avec Alberto Toscano, Jean-François Sirinelli et Laurent Wirth

Le débat a été mené d’une main de maître et avec une méthodologie efficace par Laurent Wirth. Le principe en était simple : trois questions identiques ont été posées aux intervenants qui avaient respectivement dix minutes pour y répondre :
- Quelle est l’influence du pouvoir politique sur la justice dans votre pays ?
- Quel est le pouvoir des juges sur les hommes politiques ?
- Quel est le rapport entre médias, justice et politique ?

La discussion a parfois atteint des sommets de réflexion théorique entre histoire, sociologique et études politiques, perdant quelques instants l’attention des auditeurs. Difficile dans ces conditions de résumer sans trop caricaturer. Néanmoins, nous pouvons retenir, en adoptant un plan national, que :

* L’autorité judiciaire française entretient un rapport complexe avec le pouvoir politique du fait même de la complexité des instances judiciaires qui peuvent être mobilisées : Conseil d’Etat, justice militaire, juridiction d’exception, etc. Selon Jean-François Sirinelli, ce rapport s’est d’ailleurs récemment complexifié avec l’avènement d’une classe politique constitué majoritairement d’avocats (Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé, Jean-Louis Borloo…) et l’utilisation récurrente des médias tant par le pouvoir politique que judiciaire (notamment par l’intermédiaire de nombreuses « fuites » orchestrées des deux côtés dans les affaires sensibles).

* L’autorité judiciaire italienne pose un sérieux problème au pouvoir politique italien. La question des rapports entre les deux a été posée lors de l’élaboration de la nouvelle Constitution italienne à la suite de la Seconde Guerre mondiale et de l’expérience fasciste. L’autorité judiciaire est alors dotée d’une indépendance et d’un pouvoir importants. Tellement importants d’ailleurs que cela pose actuellement des problèmes de fonctionnement à la République italienne. Il est par exemple permis aux juges d’interroger le Président du Conseil et de le mettre en examen (alors que le Président français jouit d’une immunité). En réponse à ces menaces largement utilisées, le Président du Conseil utilise régulièrement les médias (avec lesquels il entretient des rapports particuliers) pour discréditer le pouvoir judiciaire aux yeux des citoyens. Or, pendant que ces deux pouvoirs s’affrontent, la gouvernance du pays souffre.

Exemple de transposition pédagogique : ce genre de réflexion peut tout à fait être abordé en éducation civique dans le cadre des thématiques en lien avec la justice. Les intervenants ont insisté sur le rôle de la presse, et notamment sur les « Une » de journaux qui sont généralement très révélatrices des rapports entre le pouvoir politique et judiciaire (de l’affaire Dreyfus à Clearstream, en passant par Outreau).

3. Cycle de conférences « Sexualités minoritaires »

 Ce cycle de rencontres est proposé pour la quatrième année consécutive dans le cadre des Rendez-vous de l’histoire de Blois par l’IRHIS (Institut de recherches historiques du Septentrion) et l’IRIS (Institut de recherche interdisciplinaires sur les enjeux sociaux). Il est organisé par Eric Fassin et Florence Tamagne.
L’objectif de ce cycle de conférences dont le succès ne se dément pas chaque année est de proposer une lecture pluridisciplinaire aux études de genre qui se développent progressivement en France (et qui font timidement leur apparition dans les programmes).

 La première conférence avait pour thème : la persécution des homosexuels sous le nazisme

Avec Mickaël Bertrand, Régis Schlagdenhauffen, Florence Tamagne et Annette Wieviorka.

L’objectif était de faire un point historiographique sur la question de la déportation pour motif d’homosexualité. Si de nombreux travaux existent à l’étranger, nous avions jusqu’à présent peu d’information concernant le cas français. Dès lors, la question est souvent tronquée alors que cette catégorie apparaît bien distinctement dans les tableaux des détenus des camps de concentration (notamment celui de Dachau reproduit dans quasiment tous les manuels d’histoire). Des recherches récentes rendues publiques lors d’un colloque organisé à Dijon en 2007 montrent que les homosexuels français ont généralement été moins persécutés que leurs voisins allemands, belges ou encore hollandais. On recense actuellement 63 cas avérés de déportés pour motif d’homosexualité… ce qui ne signifie pas cependant que des homosexuels français n’ont pas été déportés pour d’autres motifs, ou encore qu’ils n’aient pas connus d’autres vexations et formes de discrimination à cette époque.



Un livre est à paraître prochainement (d’ici quelques semaines, voire quelques mois) sur cette question aux éditions Mémoire Active. De même, la question mémorielle apparaît encore en filigrane autour de cette thématique.

En effet, à défaut d’une histoire scientifique, de nombreux acteurs ont depuis les années 1970 entretenu une mémoire communautaire qui s’est illustrée sous différentes formes et qui est encore aujourd’hui très active (voir à ce sujet un article sur l’inauguration d’une plaque commémorative en septembre 2010). c

Exemple de transposition pédagogique : d’une part, ce dossier permet évidemment d’actualiser les données historiques sur la déportation ; d’autre part, il permet d’aborder un dossier très concret sur les « mémoires de la Seconde Guerre mondiale » avec des implications encore vives dans notre société actuelle (je me tiens à votre disposition si certains souhaitent obtenir des éléments plus précis pour la mise en place d’une séance de travail).

La seconde conférence avait pour thème : Le problème de la sexualité dans l’église catholique

Avec Anne-Claude Ambroise-rendu, Eric Fassin, Jacqueline Lalouette, Agnès Walch.

Cet échange, parfois virulent avec des membres du public, a tenté de reconstituer au fil de l’histoire les différentes positions de l’Eglise catholique face à la sexualité. La question a notamment été régulièrement évoquée lors des conciles, tels que le concile de Trente au XVIe siècle. L’Eglise catholique s’est en fait souvent posé la question en réaction aux attaques de détracteurs : que ce soit les protestants, les philosophes des Lumières ou bien les partisans de la IIIe République à ces débuts.
Néanmoins, on peut aussi remarquer que derrière les accusations récurrentes de concubinage des ecclésiastiques, voire de pédophilie (un terme anachronique qui ne s’impose qu’à la fin du XXe siècle), peu d’affaires sont réellement connues et jugées, soit parce que les principaux intéressés sont protégés par leur hiérarchie, soit parce que les accusations relèvent parfois du fantasme entretenu et amplifié. Eric Fassin termine la discussion par la question de l’homosexualité qui pose actuellement de sérieux problèmes à l’Eglise catholique. En effet, dans une démonstration remarquable, le sociologue nous montre que l’Eglise prône la chasteté pour tous (y compris les couples mariés), mais ne requiert réellement l’abstinence que pour deux catégories d’individus : les prêtres et les homosexuels.

Dès lors, on peut supposer que l’homosexuel catholique n’a qu’une seule perspective de vie pour s’épanouir : celle d’entrer dans les ordres. C’est devant ce constat alarmant que l’Eglise a vivement réagit en 2005, et pour la première fois de son histoire, par un texte visant à éloigner les homosexuels des séminaires.

La troisième conférence portait sur : Des historiens devant la justice. La bataille du « mariage gay » aux Etats-Unis

 Avec Georges Chauncey

Derrière cette thématique qui nous paraît a priori étrangère, l’exposé (en américain) de cet historien a permis à ses homologues français de comparer leur expérience nationale aux pratiques d’outre-Atlantique. Alors que nous sommes particulièrement sensibilisés aux rapports ambigus entretenus par l’historien, le juge et le journaliste depuis le procès Papon et le débat qui s’est organisé autour du refus d’Henri Rousso de témoigner, Georges Chauncey nous explique que les historiens américains ne se posent pas du tout la question dans ces termes.
Certes, il est parfaitement conscient que ses travaux risquent d’être instrumentalisés au profit d’une hypothèse judiciaire, mais son principal souci est avant tout d’accomplir son devoir de citoyen (tout en défendant également ses positions sur la question).
Son intervention permet également de constater qu’aux Etats-Unis, les historiens sont régulièrement consultés, y compris au plus haut sommet de l’Etat (pour cet exemple, il s’agit de la Cour Suprême) afin d’éclairer les décideurs politiques et d’apporter un autre point de vue dans le débat sociétal. c Exemple de transposition pédagogique : Cet exemple me semble particulièrement intéressant quand il s’agit d’expliquer aux élèves qui doutent encore que l’histoire à un rôle dans notre société et qu’il est important de l’étudier à l’école.

A ce sujet, le journal Libération sort tous les ans à l’occasion des Rendez-vous de l’Histoire un numéro spécial « Libé des Historiens » dans lequel les clefs de la rédaction sont laissées aux historiens. Ce numéro est parfois disponible dans vos CDI et permet de piocher des exemples concrets de l’apport de l’histoire dans la compréhension de l’actualité.

 4. Entretien avec Robert Badinter : « Dans mon pays, ma sexualité est un crime ».

 Dans une salle comble, l’ancien ministre de la Justice est revenu sur un dossier qui lui tient à cœur depuis qu’il exerce des responsabilités politiques : la dépénalisation internationale de l’homosexualité. Alors que nous discutons aujourd’hui en France des modalités du PACS, de la possibilité d’introduire le mariage et/ou l’adoption des personnes de même sexe, dans de nombreux pays, l’homosexualité demeure un délit sévèrement puni, voire condamné par la mise en mort.
Robert Badinter était accompagné de Louis-Georges Tin, président du comité IDAHO qui soutient depuis 2005 la journée de lutte mondiale contre l’homophobie et de Philippe Castetbon, journaliste indépendant et auteur d’un livre (devenu une exposition à succès) recueillant les témoignages de 51 homosexuels dans les 51 pays du monde dans lesquels l’homosexualité est encore un délit.



Exemple de transposition pédagogique : Alors que les directives du ministère de l’Education nationale se multiplient afin de sensibiliser les enseignants à la lutte contre les discriminations, et notamment l’homophobie, il me semble que cette entrée peut être intéressante pour éviter de rester dans des considérations trop générales et théoriques.
 Je précise pour information qu’un site internet permet de travailler sur des extraits de l’ouvrage : http://www.veryfriendly.fr/photos/Dans-mon-pays-ma-sexualite-est-un-crime-livre-expo-de-Philippe-Castetbon_ga41548.html?start=4
Une association dijonnaise (CIGaLes) a également obtenu une habilitation pour travailler en milieu scolaire et organiser des interventions de prévention contre l’homophobie : http://cigales.free.fr/pageLibre00010803.html

5. Peindre le gibet : de l’idéal de justice à la justice en actes

Avec Florence Buttay, David El Kenz, Antonella Fenech, François-René Martin et André Rauch. Succession d’historiens et d’historien de l’art dans le but d’apporter une vision « artistique » du thème. Ainsi sont étudiées des œuvres représentant la justice, mais également la mise en scène publique des décisions de justice et des peines. C’est une démonstration convaincante de la possibilité d’intégrer des problématiques intéressantes et pluridisciplinaires autour de l’histoire des arts qui fait son apparition dans les programmes.

Ce fut également l’occasion d’annoncer l’organisation d’un festival de l’histoire de l’art (sur le modèle du FIG et des Rendez-vous de l’Histoire) les 27, 28 et 29 mai 2011 à Fontainebleau.
Le programme est encore en cours de réalisation mais j’ai prêché notre cause auprès des organisateurs pour que des ateliers soient prévus à destination des enseignants dans le cadre de l’histoire des arts. A découvrir : http://www.culture.gouv.fr/mcc/Actualites/A-la-une/Le-Festival-de-l-histoire-de-l-art-a-Fointainebleau

Je terminerai enfin ce compte-rendu déjà trop long en précisant que les Rendez-vous de l’Histoire se poursuivent toute l’année par l’intermédiaire de « cafés historiques » (tout comme le FIG avec les « cafés géographiques »). Hélas, que ce soit en histoire ou en géographie, ces manifestations n’ont pas encore trouvé de relais dans l’académie de Dijon. C’est peut-être un axe de réflexion à mener ensemble…

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