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2e guerre mondiale : Iwo Jima, bataille dans le Pacifique, guerre d’anéantissement (Google earth ou maps-histoire des arts)

mercredi 31 octobre 2012, par J-F Boyer webmestre

Cet article propose une étude répondant au thème 3 du programme de 3e, la seconde guerre mondiale, une guerre d’anéantissement (1939-1945). Le programme permet de partir d’un exemple peu traité jusqu’à présent dans les cours à savoir la guerre du Pacifique. En choisissant cet exemple et donc la bataille d’Iwo Jima, je peux aussi bien traiter de la mobilisation de toutes les forces matérielles et morales des peuples en guerre, que montrer une guerre d’anéantissement où "il ne peut y avoir – de compromis qui vaille entre le bien et le mal. Seule la victoire totale peut récompenser les défenseurs de la tolérance, des valeurs morales, de la liberté et de la foi  » dira F.D Roosevelt, lors de son discours sur l’Etat de l’Union, le 6 janvier 1942.

Je peux aussi retrouver la question de la radioactivité déjà entrevue lors du thème 1 du programme d’histoire de 3e et donc évoquer Hiroshima et Nagasaki, la bombe atomique.

Je peux aussi envisager l’histoire des arts par l’étude d’une photo de guerre, celle de Joe Rosenthal, devenue mémoire pour la nation américaine : photo devenue une statue, celle du mémorial pour les marines, photo reprise par d’autres photographes (Khaldei : voir cette adresse : http://histoire-geographie.ac-dijon.fr/spiphistoire/spip.php?article453&lang=fr) ou celle de Franklin pour les pompier le 11 septembre), photo reprise dans l’oeuvre de Kienholz, "Portable WarMemorial" en 1968 et qui fera l’objet d’une étude dans le cours suivant,"Une géopolitique mondiale depuis 1945, la guerre froide" avec l’enseignant d’art plastique. L’oeuvre traduit un message pacifiste en pleine guerre du Vietnam (NB : je profite aussi pour montrer l’oeuvre des Maruki à propos d’Hiroshima).

A propos des globes virtuels : 

La séance 2 est construite avec un document kmz ouvert dans google earth. En réalité il a été construit dans google maps car il y est plus aisé de créer un croquis. Il est nécessaire d’ouvrir un compte google (gratuit) pour avoir accès à cette application. Un excellent tutoriel est proposé à cette adresse facilitant la mise en main de l’outil.

Lien :http://earth.google.com/intl/fr/outreach/tutorial_mymaps.html

Pourquoi choisir un globe virtuel ? Il me permet d’appréhender les différentes échelles du conflit planétaire au local. Il permet de manipuler via un tableau blanc interactif ou une souris sans fil de multiples documents. Il montre les distances entre les protagonistes et les différents lieux.

A propos de l’histoire des arts et de la mémoire : 

C’est aussi dans le cadre de l’histoire des arts (Etat-pouvoir) que j’ai choisi de travailler sur cette image. L’usage de l’image a servi au gouvernement américain à construire une mémoire autour d’une valeur efficace, être ensemble, uni : la communauté est vainqueur par la somme des individus qui se fond en elle et/ou la forme. Elle rappelle l’histoire des pères fondateurs...

Le livre de J.Bradley et le film de Clint Eastwood déconstruisent en partie le mythe. Ils montrent des individus, les dissensions entre eux, les dissensions dans la société (en particulier le rapport discriminatoire sur le sort des Indiens par la communauté blanche).Ils montrent le rôle de l’Etat dans la construction de cette mémoire, certes nécessaire dans l’effort de guerre. Il confirme finalement les propos de F.D Roosevelt : il ne peut y avoir – de compromis qui vaille entre le bien et le mal. Seule la victoire totale peut récompenser les défenseurs de la tolérance, des valeurs morales, de la liberté et de la foi  ». 

Ira témoigne du sort des indiens mais aussi du mal être de l’individu face à l’héroïsation patriotique dont il fait l’objet : il est au service de la nation voulue par l’Etat, l’individu s’efface face à la mémoire collective fondatrice d’une nation victorieuse. Le livre, le film et Ira montre que les héros sont ceux qui sont restés la-bas. Ils montrent qu’ils ne sont que des hommes simples partis faire leur devoir.Ils n’en attendaient pas plus. Ce sont des pères, des hommes comme tout nous tous. Ils sont partis faire la guerre...et certains en sont revenus même si les cauchemars perdurent toutes leurs vies...

La chanson de Lafarge, reprise par Cash (vue en histoire des arts par l’enseignante de musique), l’installation de Kienholz montrent le courant pacifiste qui se développe dans les années 60 (cadre de la guerre froide), témoin d’une société américaine (la jeunesse étudiante par exemple) qui conteste la guerre en général et en particulier la guerre du Vietnam. 

Tout cela peut-il casser l’unité créé autour de La photo iconique ? James Bradley donne une réponse : 

"Mike, Harlon, Franklin, Ira, René et Doc (son père), ainsi que les hommes de la Easy Company, se sont contenté de faire ce que n’importe qui d’autre aurait fait. Et n’étaient pas des héros. Pas des héros. 

Il n’étaient que des garçons partageant une vertu commune.

Appelés à accomplir leur devoir.

Des frères et des fils. Des amis et des voisins.

Et des pères.

C’est aussi simple que cela."

J.Bradley, mémoires de nos pères, movie planet,2006

Problématique  : En quoi Iwo Jima témoigne-t-elle d’une guerre totale et d’anéantissement ?

Démarche  :

Séance 1 : Un affrontement planétaire.(1h)

Document : fichier flash (voir ci-dessous). En salle informatique.

Séance 2(2h) : Une guerre d’anéantissement : exemple de la bataille d’Iwo Jima.

1er heure

La question 1 : en1/4heure avec le fichier kmz, en frontal

Le reste de l’heure, analyse de l’image.

Notions : propagande –censure – efforts de guerre –mémoire - nation

Le journalisme de guerre

2 heure : (préparation à la maison).

Les questions 3-4 et 5.

Document : fichier kmz.

Séance 3 : l’éliminationisme.(1h)

Notion : génocide-destructions des individus et des peuples – camps de concentration et camps d’extermination. 

Capacité/Compétences/Socle commun : (séance 2)

Niveau : 3e

Programme : La seconde guerre mondiale, une guerre d’anéantissement (1939-1945).

Compétences  SOCLE COMMUN

 

C4.3/C4.4C5.1/C5.2/C5.3

Capacité :

Décrire et expliquer les enjeux militaires et idéologiques de la guerre.

Mobiliser de toutes les forces matérielles et morales des peuples en guerre.

Je suis capable de

l croiser différents documents en confrontant les informations ou les points de vue

l prélever, classer et interpréter des informations à partir de la d’une image,

l énoncer un fait, une situation en donnant plusieurs explications, elles-mêmes fondées sur des connaissances ou des supports

Pré requis :

Chronologie 2e guerre mondiale - fascisme

 

TICE :

Globe virtuel : google maps et google earth

Salle informatique ou en classe normal

Source :

http://www.iwojima.com

J.Bradley, mémoires de nos pères, movie planet,2006

Kumiko Kakehashi , lettre d’Iwo Jima, les arènes, 2010

Voir aussi les deux films de Clint Eastwood mémoire de nos pères et lettre d’Iwo Jima.

Daniel Jonah Goldhagen, pire que la guerre, massacres et génocides au XXIe siècle, Fayard, 2012.

Sven Lindqvist, une histoire du bombardement, la découverte, 2012.

http://www.legrandsoir.info/etait-i...

Quelques informations pour la trace écrite : 

La guerre du Pacifique entre le Japon et les Etats-Unis (1941-1945) : une guerre d’anéantissement.

Iwo Jima témoigne d’une guerre du Pacifique longue et coûteuse en vie humaine. Une guerre qui réclame un effort humain, matériel et financier de tous les pays pour la victoire (propagande). La victoire passe par l’anéantissement total de l’adversaire en particulier avec l’usage de nouvelles armes dont la bombe atomique. Des politiques éliminationnistes (terme de l’historien américain D.J.Goldhagen) sont menées de part et d’autres. Iwo Jima atteste l’abnégation, le courage, le sacrifice, la cruauté et l’asservissement des esprits.

 

A propos du Japon.

Depuis le début du 20e siècle, le Japon déploie une politique d’expansion nécessaire pour son développement économique (manque de matière première et le premier pays non-blanc a entrer dans l’âge industriel) et une intégration dans les relations internationales pour ne pas être menacé par les puissances occidentales européenne qui domine le monde. Depuis 1910, le pays exerce un protectorat extrêmement dur sur la Corée se traduisant par une politique éliminationniste contre le peuple Coréen (travail forcé, esclavage sexuelle, violences…). En 1932, la Mandchourie est occupée par le Japon. La seconde guerre contre la Chine en 1937 accentue la domination du Japon dans l’aire Pacifique, amplifié par la prise des territoires appartenant à la France, la Hollande et l’Angleterre. Ces conquêtes sont présentés comme une libération contre les puissances occidentales, aux différents peuples asiatiques même si dans la réalité il s’agit d’une occupation militaire et économique. Finalement le bombardement de Pearl Habor contre les Etats-Unis le 7 décembre 1941 précipite l’entrée en guerre des Etats-Unis. Le Japon a donc créé en quelques années un immense Empire en se rapprochant également de l’Axe (Allemagne Nazie et Italie fasciste).

 

Iwo Jima.

La reconquête du Pacifique à partir de 1943 est réalisée par la tactique des lieux stratégiques les plus importants en laissant de cotés et en isolant certaines îles aux mains des Japonais. La conquête des îles Mariannes en juin 1944 offre la possibilité militaire aux américains d’utiliser les bases aériennes de Saïpan, Tinian et Guam. Le bombardement de la population civile japonaise doit briser le moral du pays. La guerre par les avions se fait derrières les lignes de front et touche tout le pays. La guerre est totale.

Toutefois les bombardiers B29 sont encore menacés par les terrains d’aviation basée à Iwo Jima. Aussi la prise de cette île est primordiale, tout comme pour les Japonais où il s’agit de protéger un territoire japonais et les menaces sur les grandes îles du Japon.

Les combats commencent le 19 février par le débarquement sur Iwo Jima. La photo est prise le 23 février. Les combats se terminent le 25 mars. Le bilan des victimes est total :

20 703 sur les 22 000 soldats japonais sont tués, 216 sont portés disparus, et 1 152 sont faits prisonniers. Du côté américain, le bilan est de 6 821 sur 70 000 marines tués, 19 189 sont blessés, et 494 portés disparus.

 

L’anéantissement de l’autre.

Cette guerre est présentée par les deux adversaires comme devant leur permettre d’être des pays et peuples libres. Cette liberté doit passer par l’anéantissement de l’autre. La destruction se traduit par une politique éliminationniste aussi bien du côté Japonais (massacre de Nankin en 1937 par exemple ou encore exécution de nombreux prisonniers, tortures et privation de nourriture aboutissant à un taux de 27% de décès des prisonniers –pour mémoire 4% par les Allemands-, des expériences médicales sur des prisonniers ), que côté Américain, les bombardements (napalm) des villes Japonaises (Tokyo 120 000 morts le 10 mars 1945) et les bombardements atomiques (200 000 morts à Hiroshima et Nagasaki) anéantissant des centaines de milliers de civils, femmes et enfants.

 

La photo de Joe Rosenthal.

Photo réalisée spontanément lors d’un lever des couleurs au mont Suribachi au cinquième jour des combats, elle parvient très rapidement aux EU témoignant du rôle au plus près des journalistes en temps de guerre pour informer les populations. Elle témoigne aussi de la censure du gouvernement puisqu’elle est acceptée par le comité militaire de la censure.

Elle atteste aussi la mainmise du gouvernement sur toute la société puisque elle devient un symbole pour récolter de l’argent et permettre le financement de la guerre. Toute la société et l’économie est tournée vers l’effort de guerre.

Cette photo devient la mémoire victorieuse des Etats-Unis, levant son drapeau après la cruelle attaque surprise de Pearl Harbor. Aujourd’hui encore, elle est dans la mémoire américaine, consacrée image iconique d’une nation unie comme le montre le mémorial des marines à Washington (cimetière d’Arlington) ou encore des reprises photographiques ou artistiques. (voir Ed Kienholz Potable War Memorial, 1968, critique ?).

 

D’autres réalités derrières cette photo.

Pourtant derrière cette photo se cache une autre réalité : un nombre de victimes énormes, des dissensions entre les protagonistes de la photo et la situation discriminatoire des indiens et par extrapolation des minorités aux Etats-Unis. L’histoire d’Ira Haye racontée dans la chanson de P.Lafarge et reprise par J.Cash exprime tout cela de même que l’ouvrage de J.Bradley, mémoire de nos pères, et le film de Clint Eastwood.

En temps de guerre la nation doit être unie (les américains d’origine Japonaise seront enfermés dans des camps jusqu’à la fin des hostilités. De même le racisme vis-à-vis du Japonais est une réalité tout comme le racisme des Japonais sur les Coréens ou culturel sur les chinois…

Cette photo cache aussi les politiques éliminationnistes menées par les deux camps. Si la prise d’Iwo Jima semble nécessaire pour protéger le passage des bombardiers américains, elle autorise aussi la destruction des populations civiles japonaises et l’emploi de la bombe atomique pour selon le gouvernement américain faire cesser plus vite la guerre et éviter un débarquement lourd en vie humaine au Japon. Dans la réalité les dirigeants japonais recherchait une issue à la guerre, le pays n’avait plus ni flotte aérienne suffisante ni flotte navale pour protéger le pays et il manquait de tout en matière première. L’USS Statégic Bombing Survey en 1946 écrivait que « les bombes sur Hiroshima et Nagasaki n’ont pas vaincu le Japon et, selon le témoignage même des leaders battus, ce ne sont pas ces bombes qui ont obligé le Japon à accepter une capitulation sans conditions » (Sen Lindqvist, une histoire du bombardement, la découverte, 2012). « le Japon était déjà vaincu et les bombes n’étaient absolument pas nécessaires. » Ces paroles ne sont pas celles d’un révisionniste ou d’un écrivain gauchiste. Ce ne sont certainement pas les paroles d’un anti-américain primaire. Ces sont les paroles de Dwight D. Eisenhower, Commandant suprême des forces alliées en Europe et futur président des Etats-Unis.(source : http://www.legrandsoir.info/etait-il-necessaire-de-lancer-des-bombes-atomiques-sur-le-japon-common-dreams.html ).

De même le sacrifice des soldats japonais sur l’île cache aussi les gestes de torture sur les soldats américains, le racisme des uns et des autres et le bourrage de crâne d’une société japonaise militarisée depuis la fin des années 20.

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