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Les mutations du vignoble bourguignon (XIXe-XXe siècles).

mercredi 10 avril 2013, par Jean-Marc Bonnefoy

Le programme d’Histoire de Première invite à étudier "La population active, reflet des bouleversements économiques et sociaux : l’exemple de la France depuis les années 1850" (Thème I : Croissance économique, mondialisation et mutations des sociétés depuis le milieu du XIXième siècle - question : Mutation des sociétés).

D’autre part le thème I du programme de Géographie est consacré aux "territoires de proximité", en particulier à la Région "territoire de vie".

Le cas emblématique du vignoble bourguignon nous semble pertinent pour aborder les mutations économiques et sociales de la France rurale, du milieu du XIXième siècle à nos jours.

Le texte ci-dessous est un commentaire du diaporama proposé ci-dessus.

Les diapos 2 à 5 permettent d’introduire le sujet, en replaçant l’importance de la viticulture dans l’agriculture bourguignonne, et en situant la zone étudiée dans l’espace bourguignon.

La zone choisie pour l’étude correspond à la partie sud de la « côte de Beaune », s’étendant sur treize communes représentatives de la diversité viticole de cette région, avec trois espaces différenciés :
Au centre : la « Côte » (Meursault-Puligny-Chassagne) aux crus prestigieux
À l’Ouest : l’arrière-côte (Nolay-Cormot- La Rochepot-Vauchignon-Baubigny) séparée de la côte par un espace de transition correspondant aux communes d’Auxey-Duresses et Saint-Aubin.
À l’est : le « pays-bas » ou « plaine » (Corcelles-Corpeau-Ebaty).

NB : le vignoble de la côte, à base de « vignes fines » (surtout de grands vins blancs sur plants de « Chardonnay » ici), s’oppose aux « vignes communes », à base de plants « Gamay », de l’arrière-côte et du « pays-bas ».

La diapo 6 (modèle numérique de terrain, bloc-diagramme) illustre l’originalité des conditions naturelles d’un vignoble septentrional, où les meilleures vignes sont situées à mi-pente des coteaux bien exposés (orientation Sud-Sud-Est). L’arrière-côte (plus élevée en altitude) et le pays-bas (plus humide), davantage victimes des gelées tardives présentent des conditions moins favorables à la viticulture (d’où la différenciation des paysages que met en évidence la diapo 7).

Diapos 8 à 10 : On part d’une confrontation des 3 couches « Vignoble » 1840, 1950 et 2012 qui mettent en évidence des « coups d’accordéon », signes d’une histoire complexe et de nombreux aléas dans l’évolution de la viticulture en région beaunoise.

Évolution de la superficie viticole des 13 communes 1840 - 2012

Le vignoble en 1840
Le vignoble en 1950
Le vignoble en 2012

Mettre en évidence l’évolution compliquée du territoire viticole en partant de 3 moments-clefs :
1) Extension maximale en 1840 (qui s’accentue jusqu’aux années 1870)
2) Puis une contraction, de la fin du XIXème au lendemain de la seconde guerre
3) Une reconquête ensuite, surtout dans les années 70-80.

NB : mettre en évidence l’évolution entre 1850 et 1950 : quels territoires ont perdu (arrière-côte et « pays-bas »). L’espace planté en vigne après 1945 ne correspond pas exactement à des espaces anciennement plantés en vigne : disparition totale de la vigne à Corcelles, Ebaty… plantations dans l’arrière-côte (« Hautes-côtes » depuis 1961) ne recoupent pas toujours les espaces abandonnés avant 1950 (changement dans techniques viticoles ?)

 Ces trois cartes fournissent la problématique de la séquence : les aléas de l’évolution du territoire viticole (cf diapo 12) sont les symptômes de mutations de la viticulture bourguignonne : variation de la conjoncture économique, effets de crises de diverses natures dans une activité très exposée aux aléas de toutes sortes (aléas climatiques, maladies de la vigne, impact des événements extérieurs – guerres, variations de la demande - …), transformations technologiques, mutations démographiques et sociétales.

 fil conducteur : on part de l’analyse spatiale pour mettre en évidence les mutations, on développe causes et conséquences.

 méthodologie : le SIG et les données disponibles aujourd’hui grâce à l’IGN et la riche histoire de la cartographie française

A - Le vignoble au milieu du XIXème : vers la prospérité ?
Montrer l’extension maximale prise par le vignoble à cette époque (cf particulièrement l’arrière-côte et le « pays-bas »).
Régler rapidement le cas du vignoble de prestige (Meursault, Puligny, Chassagne) en rappelant l’ancienneté de sa renommée (rôle des ordres religieux, des ducs de Bourgogne puis des rois de France, constitution précoce de marchés d’exportation)
Comment expliquer l’importance de la viticulture dans des espaces dont les caractères physiques ne sont pas forcément favorables à la viticulture (arrière-côte et surtout « pays-bas ») ?
Mettre en évidence l’existence de deux viticultures (viticulture de qualité à base de plants chardonnay et pinot dans les grands terroirs, viticulture ordinaire à base d’aligoté et de gamay par des petits exploitants profitant d’une conjoncture très favorable au milieu du XIXème ( industrialisation  urbanisation  augmentation de la demande des milieux populaires urbains). La construction d’un réseau ferré national crée un marché national qui profite aux viticulteurs bourguignons à un moment où les grands vignobles languedociens et algériens ne sont pas encore des concurrents. La viticulture « ordinaire » est intégrée dans une économie agricole fondée sur la polyculture-élevage, dans un contexte de progression séculaire de la petite propriété paysanne, sur des terroirs aux qualités physico-organiques extrêmement variés. La vendange est vendue aux maisons de négoce (les petits viticulteurs ne maîtrisent pas les méthodes de vinification), c’est une source de revenus monétaires dans une économie agricole encore très autarcique (cf diapos 13 et 14).
Le vignoble poursuit son extension jusqu’aux années 1870.

B – Le vignoble en 1950 : un siècle de catastrophes ?
Etude de la couche « vignoble1950 » : mettre en évidence la forte contraction de la surface plantée en vigne, les communes sont touchées différemment : fort déclin dans l’arrière-côte et surtout le « pays-bas », maintien peu ou prou de la côte des grandes appellations. Comment expliquer ? Quelles conséquences ?

La crise phylloxérique à la fin du XIXème (cf diapo 15)
Rappel : au XIXème série d’accidents : oïdium, mildiou et surtout phylloxéra.
Exposer l’essentiel sur la crise phylloxérique : nature, destruction progressive du vignoble, tentatives de remèdes, finalement reconstruction du vignoble par greffe sur plants américains.
Situation du vignoble à la veille de la première guerre : reconstitution du vignoble achevée mais abandon d’une partie des terroirs périphériques. Fragilité de la « viticulture ordinaire » face à la concurrence du Languedoc et de l’Algérie.

Après 1914-1918 (forte demande des armées) la crise de surproduction (cf Diapo 16) dure toute l’entre-deux-guerres et frappe surtout les espaces les plus fragiles (arrière-côte, « pays-bas »). (cf Diapo 17) Les conséquences démographiques de la guerre et l’exode rural (cf Diapo 17) entraînent un fort déclin de la population et une déprise viticole (la vigne est remplacée par les petits fruits ou l’élevage bovin dans l’arrière-côte, les cultures dans la plaine) qui explique la contraction de l’espace viticole jusqu’au lendemain de la seconde guerre. Les tentatives de lutte contre les difficultés (cf Diapo 18 : essor du mouvement des coopératives, fondation de la confrérie des chevaliers du Tastevin) n’enraye pas le déclin mais la création des appellations contrôlées (années 30) annonce un renouveau.

C – Le vignoble des années 50 à nos jours : vers une nouvelle prospérité ?
Etude fine de la couche « Vignoble2012 » + Diapo 19 : mettre en évidence la reconquête globale de l’espace, mais avec de fortes disparités : disparition à peu près complète du vignoble de plaine (contraint par le régime des AOC et la disparition de la petite polyculture-élevage), consolidation et extension (sur les marges, particulièrement la partie haute des coteaux) du terroir des grands crus, jusqu’à saturation de l’espace, renaissance mesurée de l’arrière-côte (création en 1961 de l’appellation « Hautes côtes de Beaune », conversion à la viticulture de qualité : abandon du gamay et de l’aligoté au profit des plants nobles, nouvelles techniques culturales pour améliorer les productions sur des terroirs moins favorables sur le plan climatique : ex des vignes hautes).
Les effets de la mondialisation (cf Diapos 20 et 21) : les grands terroirs sont portés par la demande mondiale (américaine d’abord, puis japonaise et aujourd’hui chinoise, avec un temps de retard sur le Bordelais), et la production est pour l’essentiel exportée aujourd’hui. Les hauts prix sont accentués par le phénomène de rareté dû à l’exigüité du terroir bourguignon.
Difficultés récentes des appellations moins prestigieuses (appellations communales, vins des hautes-côtes) : prix non compétitifs, disparités de la qualité (dans un contexte de petite propriété foncière), concurrence des vins du nouveau monde.
Les bouleversements de la vie paysanne et rurale dans un espace privilégié : effets de la mécanisation du travail viticole,