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La Bresse bourguignonne XIX-XXème

mercredi 10 avril 2013, par Jean-Marc Bonnefoy

Le programme d’Histoire de Première invite à étudier "La population active, reflet des bouleversements économiques et sociaux : l’exemple de la France depuis les années 1850" (Thème I : Croissance économique, mondialisation et mutations des sociétés depuis le milieu du XIXième siècle - question : Mutation des sociétés).

D’autre part le thème I du programme de Géographie est consacré aux "territoires de proximité", en particulier à la Région "territoire de vie". Après avoir étudié le vignoble bourguignon, nous nous penchons ici sur la Bresse bourguignonne.

Le texte ci-dessous est un commentaire du diaporama proposé ci-dessous.

Les diapos 2 à 4 permettent d’introduire le sujet, en situant la zone étudiée dans l’espace bourguignon.

Malgré des divisions politiques anciennes (Bresse savoyarde, Bresse bourguignonne, Bresse comtoise), l’espace bressan est marqué par une profonde unité des paysages et des modes de vie, déterminés par les mêmes contraintes naturelles.

(Diapo 5) Les contraintes naturelles : elles sont de nature géologique et climatique. Le « Lac bressan » d’origine tertiaire (bassin d’effondrement) a laissé une épaisse couche de marnes bleues imperméables recouverte de sables et de limon argilo-sableux. Il en résulte un sol imperméable, acide, imposant d’amender les terres. « La Bresse n’est pas une terre de prospérité spontanée, le sol y est naturellement ingrat et nécessite un travail acharné ».

(Diapo 6) L’espace représenté, centré sur la commune de Varennes-Saint-Sauveur, est typique de la Bresse traditionnelle du XIXème. Sur le support de la carte d’Etat-Major, l’occupation du sol en 1840 et le réseau hydrographique ont été vectorisés. La couverture forestière reste importante, en périphérie du territoire communal. Les prairies naturelles sont cantonnées aux berges des cours d’eau, tandis que la part majoritaire du finage est vouée aux cultures céréalières (blé et maïs, sarrasin). On est dans un pays de bocage, à l’habitat dispersé, où domine la polyculture d’autosubsistance.

(Diapos 7 et 8) Un espace immobile ?
La photographie aérienne date de 1945, un siècle donc après la confection de la carte d’Etat-major ; mais le paysage reste sensiblement identique. Sur la photographie, les champs clos de haies se distinguent bien des prairies naturelles, toujours nettement minoritaires. Le parcellaire, qui reste très morcelé, nous rappelle qu’il n’y a eu aucune rupture dans les structures foncières ou les modes de faire-valoir. Malgré un siècle et deux guerres mondiales, la Bresse reste dominée par la petite propriété paysanne et l’exploitation familiale.

En apparence, pas de changements sérieux entre la vie en Bresse en 1850 et en 1950, comme le montre l’évolution démographique, les hautes densités rurales se maintenant plus tard qu’ailleurs, pratiquement jusqu’à la première guerre mondiale (cf Diapo 10)

(Diapos 11 à 16) Les causes de l’immobilisme
Le schéma de la diapo 11 montre le fonctionnement d’un système économique traditionnel qui a su, en s’accommodant des conditions naturelles médiocres et en s’appuyant sur la mobilisation de la main d’œuvre familiale, permettre la survie d’une population nombreuse dans un espace longtemps cloisonné, peu ouvert sur l’extérieur.
En Bresse l’agriculture traditionnelle reposait sur l’association cultures-élevage, la céréaliculture (maïs mais aussi blé pourtant peu adapté aux conditions naturelles) permettait de nourrir le bétail : bovins (utilisés pour les travaux des champs) mais aussi porcs et volailles (destinés à la commercialisation). Une stricte division du travail (les hommes pour les travaux des champs, les femmes et les enfants pour l’élevage et la commercialisation des porcs et des volailles) assurait l’équilibre de ce système. Celui-ci n’a pu se maintenir que par l’intensité du travail de la main d’œuvre familiale, et une vie autarcique (l’exploitation répond à la quasi-totalité des besoins, la commercialisation produit le numéraire pour payer les impôts et les rares achats de produits manufacturés.

Les diapos 11 et 12 illustrent les contraintes naturelles fortes qui pesaient sur l’activité culturale : la terre, peu perméable, imposait de lourds travaux de drainage et la culture « en billons » s’est maintenue jusqu’aux années cinquante. La modernisation agricole (cf diapo 13), tardive et lente faute de capitaux, n’a pas remis réellement en cause ce système avant le milieu des années cinquante. Tout au plus peut-on observer, dans la première moitié du XXème siècle, un lent déclin de la céréaliculture au profit de l’élevage (favorisé par un meilleur réseau de transport et l’accès au marché lyonnais) (cf Diapo 14).

(Diapos 15 et 16) L’habitat en Bresse bourguignonne illustre l’adaptation des modes de vie aux conditions naturelles d’un milieu relativement contraignant.

Les bouleversements d’après-guerre
(Diapo 17) L’exode rural et le déclin démographique, commencés au lendemain de la première guerre, s’accélèrent au lendemain de la seconde. L’existence du « système bressan », qui reposait sur la mobilisation de la main d’œuvre familiale, est mis en cause. L’industrialisation et l’essor urbain attirent la jeunesse bressane dans les centres extérieurs à la région (Chalon-sur-Saône, voire Dijon ou Lyon) tandis que la révolution agricole, à la suite de la création du marché commun, touche l’agriculture bressane dans les années soixante.

(Diapos 18 et 19) Les transformations de l’agriculture bressane résultent d’une adaptation aux nouvelles conditions économiques : rareté de la main-d’œuvre du fait de l’exode rural, concurrence des productions extérieures du fait du décloisonnement de la région. L’agriculture bressane abandonne les productions non-concurrentielles (disparition de la vigne, déclin de la céréaliculture) au profit des activités pour lesquelles elle a un avantage compétitif. C’est le cas de l’élevage avicole bien sûr (l’A.O.C. volaille de Bresse date de 1957) mais aussi de l’élevage bovin dont l’essor s’accompagne de celui des prairies artificielles. Celui-ci est plutôt tourné vers la viande en Bresse bourguignonne (influence de l’élevage charolais) et vers les productions laitières en Bresse de l’Ain. Ces transformations s’inscrivent dans le paysage (cf diapo 9), les élèves pourront mettre facilement en évidence les effets du remembrement des années soixante (disparition d’une partie des haies et constitution de vastes parcelles, disparition partielle des labours au profit des prairies).