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L’Europe dans le monde au XVIIIe siècle

samedi 7 septembre 2013, par J-F Boyer webmestre

Cet article évoque deux expéditions en 1520, un journal d’un navire négrier et les rivalités entre puissances européennes.

Cet article propose une leçon (en trois parties) en classe de 4e sur le thème de l’Europe dans le monde. La première partie est un rappel sur deux expéditions menées vers 1520 (d’après la lecture d’un livre de S.Gruzinski, L’Aigle et le Dragon, Fayard, 2012). Puis, nous verrons le commerce de l’esclavage avec un journal de bord d’un navire négrier en salle informatique. Enfin, nous examinerons au début du XVIIIe siècle, les rivalités entre les puissances européennes avec l’exemple des Antilles. Quelle est la place de l’Europe dans le monde ?

La genèse de ce travail...

Serge Gruzinski raconte deux expéditions au début des années 1520. L’une bien connue est celle menée par Cortès pour coloniser (initiative politique et personnelle) la région que l’on nomme aujourd’hui le Mexique et qui aboutit à la conquête de Mexico et des peuples aztèques. Ainsi se construit l’exploitation du nouveau monde : la colonisation par les Espagnols de ces terres lointaines.
A la même période, une autre expédition beaucoup moins connue est menée par Tomé Pires, un portugais pour rencontrer l’empereur de Chine et installer une base militaire qui favorisera le contrôle des marchandises provenant de Chine. "Le roi Manuel souhaite éliminer la concurrence asiatique sur le marché chinois. Pour cela Lisbonne envisage d’ouvrir une route maritime d’abord entre Cochin et Canton, puis entre Pazem et le port chinois. A chaque fois, il faut en passer par la construction d’une forteresse sur la côte de Chine. Seule une forte implantation à la lisière de l’empire paraît capable d’asseoir la présence portugaise dans la région. Tout cela, bien évidemment, doit se faire sans consulter les autorités chinoises et dans l’idée de reproduire sur le sol chinois des expériences déjà menées ailleurs en Asie ou en Afrique. Le dessein de créer une base militaire, appuyée sur des vétérans des conquêtes et des champs de bataille portugais (Azamor au Maroc, Ormuz, Goa, Malacca), et d’en faire partir des expéditions de découverte sur des navires construits sur place n’est pas sans rappeler la manière dont à la même époque les Castillans progressent dans les Antilles et le golfe du Mexique"(pp.128-129).

Ces deux épisodes sont intéressants puisqu’ils montrent la domination de l’Europe sur une partie du monde (le nouveau monde) mais aussi le contrôle des routes maritimes (Atlantique, Indienne et Pacifique), l’interconnexion des continents... et l’échec d’une conquête de la Chine. Cette histoire montre aussi la construction de la mémoire européenne qui exacerbe la victoire d’un côté et l’oubli de l’autre. Enfin, cette histoire montre que l’Europe n’est pas seule : il existe d’autres systèmes politiques et économiques puissants dont la Chine avec ses 130 millions d’habitants, son organisation impériale et son économie...On est loin des "mondes sauvages des premiers pas" de C.Colomb. "On retrouve presque dans la manière d’être des gens la façon de vivre en Espagne, avec autant d’ordre et d’organisation que là-bas ; et si l’on considère que ces gens sont des barbares si éloignés de la connaissance de Dieu et de la communication avec d’autres nations douées de raison, il est admirable de voir celle qu’ils mettent dans toutes les choses."(Cortès, voir pp.159-160, S.Gruzinski).

Cet article n’a pas le propos de reprendre les différents éléments du livre. Il faut le lire.
Je citerai toutefois, un extrait des propos de Roger Chartier publié dans le journal Le Monde en date du 19 janvier 2012.
"Serge Gruzinski se risque, pourtant, à une comparaison des deux empires : d’un côté, une société bureaucratique et marchande, usant largement de l’écrit et de l’imprimerie, xylographique et typographique, bordée de mers ouvertes et entrée depuis longtemps en contact avec les mondes indien, musulman et européen ; de l’autre, un "empire" (c’est du moins ainsi que Cortés décrit à son roi la réalité politique qu’il découvre et manipule) entouré de "mers vides", ignorant l’écriture et constitué de cités-Etats qui se combattent ou s’allient. De grandes différences, donc, mais la plus essentielle est sans doute celle du regard porté sur l’autre. Pour les Chinois, les Portugais sont des "barbares" sans civilité ni culture, semblables à ces autres barbares qui menacent les frontières du Nord. Il faut les rejeter et leur fermer l’empire. En revanche, les sociétés méso-américaines font une place à l’étranger, même si, closes sur elles-mêmes, elles ne le connaissent pas. Les Espagnols occuperont avec habileté et cynisme le statut de dieu ou démon, ou les deux à la fois, que leur donnent les mythes mexicains du retour et la conception cyclique du temps qui les porte.
Cette différence est au fondement de la bifurcation des deux histoires qu’analyse ce livre puissant. Deux mondes qui s’ignoraient, le chinois et le mexicain, sont "connectés" au début du XVIe siècle par le désir d’Asie, la quête des épices et l’idéal de monarchie universelle qui habitent les souverains et les hommes des terres ibériques. Après les années 1520, les deux destins se séparent Celui du Mexique, tel que l’a restitué Serge Gruzinski dans ses magnifiques ouvrages antérieurs, est l’histoire d’une colonisation christianisatrice et acculturante, faite de destructions et de métissages. Celui de la Chine est caractérisé par une fermeture qui, cependant, n’exclut ni les rêves fous d’une conquête qui aurait été menée par les Espagnols à partir du Mexique et des Philippines (mais Philippe II renonce au projet, et la guerre de Chine n’aura pas lieu), ni de manière plus durable les échanges commerciaux ; en contournant les interdits, ceux-ci font arriver dans l’empire du Milieu l’argent d’Amérique, dépensé par les Européens pour acheter les objets tant désirés. "Le désenclavement du monde s’est donc déroulé de manière synchrone, mais antithétique" : telle est la conclusion de ce livre audacieux et impressionnant dans lequel la nouvelle géographie planétaire du XVIe siècle est dessinée tout à la fois par la réalité des circulations et les désirs de domination."

Pour terminer rapidement, je dirais que l’objectif est aussi de décentrer le regard européen de nos élèves, tout en restant dans le programme, l’Europe dans le monde et tout en rappelant ces mondes lointains, comme on peut les voir dans les programmes de 6e et de 5e.

Enfin pour terminer, je dois remercier L.Dumont ancienne collègue dans mon collège aujourd’hui en Aquitaine pour m’avoir envoyé son activité sur La Rochelle où elle emmène ses élèves au port puis dans les archives de la ville. Du coup, puisque je ne pouvais pas forcément m’y rendre, peut-être me suis-je demandé il était possible d’avoir des documents d’archive via internet. Et, en effet, les archives de la ville mettent à disposition des journaux de bord des navires négriers. Aussi, j’ai pu construire un travail avec la salle informatique. Le travail de Laure est aussi sur ce site. (http://histoire-geographie.ac-dijon.fr/ecrire/?exec=article&id_article=743).

Partie 1 :

Problématique : Comment l’Europe est dans le monde au début du XVIIIe siècle ? (problématique neutre) ou bien : Comment l’Europe domine-t-elle le monde au début du XVIIIe siècle ?

Démarche :
Le travail est divisé en trois parties. La première d’une heure s’intitule "deux expéditions en 1520". Je raconte rapidement en quelques minutes ces deux voyages puis je demande à mes élèves de les raconter par écrit en montrant ce qui semble important (la domination, les routes maritimes et les puissances impériales chinoises et aztèques, la mémoire). J’utilise un prezi qui propose un planisphère et les lieux évoqués de façon sommaire. Inutile de rentrer trop dans les détails, le temps est compté...Il est important de montrer l’incompréhension entre les Chinois et les Portugais (la prise de Malacca en 1511 avec cruauté et l’épisode des canons près de Canton, mal interprété par les Chinois qui y voit un acte de violence alors que les Portugais manifestaient leur liesse) et la ruse de Cortès pour s’emparer de Tenochtitlan.

Puis, les élèves s’interrogent sur deux documents, l’un une peinture représentant l’expédition de Cortès et l’autre un plan de la ville - port de Macao. L’idée est de montrer d’un côté la mise en place des colonies (territoire exploité économiquement par les Espagnols) et de l’autre, les comptoirs, un espace restreint permettant de réaliser du commerce (les Portugais louent la ville port). Ils doivent utiliser la légende puis décrire les documents (idée générale et exemples).
Je dois préciser qu’une partie de la leçon a été donnée dés la première heure de cours dans le cadre d’une situation d’apprentissage nommée "la classe inversée" ou flipped classroom. On y retrouve les mots colonies et comptoirs.
Enfin, cette activité permet de réactiver des éléments du cours de 5e sur les grandes découvertes dans le cadre de la mondialisation (programme de 4e). Elle crée un lien entre les derniers cours de l’année de 5e et le début de la 4e, ô combien nécessaire après deux mois de vacances...
"Pour la bonne formation de l’esprit, il n’est pas besoin de connaissances encyclopédiques, mais de connaissances en profondeurs" (source : projet de réforme du système éducatif français élaboré à la libération par Paul Langevin, puis Henri Wallon).

Capacités/Compétences :
Raconter/Lire et pratiquer différents langages
Introduire dans le récit des ruptures
Croiser différents documents en confrontant les informations.

Tice : rien de particulier : vidéo projecteur - Prezi.

Partie 2 :

La seconde partie de la leçon est consacrée à la traite avec une vidéo (les domaines coloniaux et les grands courants d’échanges) et le journal de bord d’un navire négrier La Suzanne Marguerite.

Problématique : Quel est la place de l’Europe dans la traite atlantique ?

Démarche : Les élèves sont en salle informatique pour répondre à un questionnaire. Il découvre le commerce des esclaves entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique.

TICE : salle informatique/ENT et document pdf.

Capacités/Compétences : .
Lire et pratiquer différents langages
prélever, classer et interpréter des informations à partir d’un texte.

Partie 3 :

La dernière partie de la leçon reprend des cartes proposées dans le site du cndp sur la Nouvelle Espagne au début du XVIIIe siècle. Elles montrent une région initialement contrôlée par l’Espagne et désormais menacée par des pays comme l’Angleterre et la France. On peut évoquer la piraterie, les corsaires et donc les rivalités des puissances européennes.

Capacités :
Lire et pratiquer différents langages/ Situer et localiser
Maîtriser de manière autonome les repérages élémentaires dans l’espace.

Comme le lecteur peut le constater, les thèmes 1 et 3 ont été regroupés dans cette leçon.

Bibliographie - sitographie :

  1. S.Gruzinski, L’Aigle et le Dragon, Fayard, 2012.
  2. Site le blog sur l’histoire globale (une mine !) :
    http://blogs.histoireglobale.com/tome-pires-et-laventure-portugaise-en-asie_543
  3. Site Le Monde, article sur le livre de Gruzinski par R.Chartier :
    http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/01/19/l-aigle-et-le-dragon-demesure-europeenne-et-mondialisation-au-xvie-siecle-de-serge-gruzinski_1631761_3260.html
  4. Site CNDP :
    http://www.cndp.fr/pour-memoire/le-mexique-3000-ans-dhistoire/lhistoire-du-mexique-dans-les-nouveaux-programmes/la-nouvelle-espagne-et-les-caraibes-au-debut-du-xviiie-siecle.html
  1. Site sur le navire : http://books.google.fr/books?id=mSAGmcLng9UC&pg=PA165&lpg=PA165&dq=rade+de+l’isle+de+prince&source=bl&ots=4wvBvwTzp8&sig=4X7PxRywLyJNpNsyE0FX6wx1X34&hl=fr&sa=X&ei=2UooUvj9FsXP0QWWqYHgCw&ved=0CDMQ6AEwAA#v=onepage&q=rade%20de%20l’isle%20de%20prince&f=false

Bilan :
Bon fonctionnement du questionnaire sur le journal de traite malgré quelques mots qui ont posé problème dans le sens (par exemple le mot captif...). Il est plus aisé de comprendre le document après avoir vu le reportage que l’inverse. De même, certaines connaissances données dans la leçon avant les exercices permettent une meilleure compréhension (principe de la classe inversée).

Voir aussi sur la ville de Rochefort :http://histoire-geographie.ac-dijon.fr/spip.php?article744#744 et sur le port de La Rochelle : http://histoire-geographie.ac-dijon.fr/spip.php?article743#743