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la présidentialisation gaullienne (1958-69)

jeudi 5 décembre 2013, par Dimitri Langoureau

Une vidéo de l’INA analysée permet de comprendre un nouveau type de rapport entre le président de la République De Gaulle et le peuple français (TSTG, Chapitre 3, La France sous la Ve République).

Activité : il s’agit de décrire à partir d’une vidéo présente sur le site de l’INA (voyage dans le Sud-Ouest de la France de De Gaulle, 12-13-14 avril 1961 ; seul le premier jour, le 12 sera utilisé) un déplacement du Président en province.
Adresse :
http://fresques.ina.fr/landes/fiche-media/Landes00329/voyage-du-general-de-gaulle-dans-le-sud-ouest-en-avril-1961.html

L’activité réalisée permet de repérer un nouveau type de rapport entre le Président de la République qui devient, après 1958, le véritable chef de l’exécutif, et le Peuple français : un rapport de proximité si bien résumé dans le rite républicain du "bain de foule".

L’idée de ce cours provient de la lecture d’un ouvrage que nous recommandons :
Nicolas Mariot, Bains de foule, Les voyages présidentiels en province, 1888-2002, Belin, Paris, 2006. (En réalité, un livre à mi-chemin entre Histoire et Sociologie).

Problématique :
Quel est le nouveau rapport créé par De Gaulle avec le peuple français ? Comment De Gaulle présidentialise la République de 1958 à 1969 ?

Démarche :
On fait une sorte d’étude de cas historique (une journée du Président en province), et cette étude de cas est mise en perspective dans un deuxième temps.

Il est sans doute utile au préalable de décrire aux élèves le rôle "limité" du Président sous les IIIe et IVe Républiques : le véritable chef de l’exécutif étant le Président du Conseil.
(un Professeur doit prendre de la distance quant à cet argument : le chef d’État était bien le Président et pas le Président du Conseil ; de plus, les bains de foule ne sont pas une invention de la Ve et De Gaulle, ce dernier ne faisant que reprendre une tradition très ancienne remontant aux débuts de la IIIe République).
Toutefois, pour montrer le rôle "limité" du Président sous la IIIe et la IVe, on peut, par exemple, raconter des évènements durant lesquels des Présidents sont particulièrement tournés en ridicule : Félix Faure mort dans les bras de sa maîtresse en 1899 (Clémenceau étant particulièrement inspiré dans un discours à la Chambre suite à cette affaire), ou Paul Deschanel, le "Président fou", surpris par son jardinier le 10 septembre 1920 à 5 h du matin en train de pêcher la carpe à mains nues dans les bassins de la résidence présidentielle. Ou, l’anecdote célèbre : le 23 mai 1920, Paul Deschanel descend par erreur du train et se retrouve en pyjama et pieds nus dans une gare, son train redémarrant et le laissant seul. Le Président dit alors au garde-barrière surpris : "je suis le Président", le garde-barrière lui répond : "et moi la Reine d’Angleterre", avant de réaliser qu’il s’agit peut-être du véritable chef d’État, l’homme perdu ayant les pieds particulièrement propres...

1) On regarde la vidéo, et en "arrêtant sur image" cette vidéo sur des images ciblées et des moments clefs (on voit des indices géographiques permettant de localiser : les panneaux des villes traversées, le nom d’une rivière sur un pont...), sous forme de cours dialogué, on remplit deux documents permettant par la suite de contextualiser la portée d’un voyage présidentiel en province :
– une carte du trajet du Président (au lieu de dessiner une carte papier, on peut s’appuyer sur Google earth en introduisant des captures d’écrans de la vidéo).
– un tableau où on calcule avec les élèves le kilométrage parcouru, le rapport nouveau avec les français, l’accueil réservé au Président par les français, et les activités du Président.

Cette vidéo étant sans le son, il est impératif de couper à des moment clefs pour remplir le tableau et réintroduire de la parole en remplissant le tableau.
Un extrait de discours est sonorisé, il permet de décrire les débats politiques de l’époque : place de la France dans le Monde : la France est-elle une Grande Puissance dans le cadre de la Guerre froide ? Comment va-t-on solder le cas algérien ? On s’oriente vers l’autodétermination.

Après ce premier moment de description-localisation, doit suivre un moment d’analyse : les élèves sont déjà capables de comprendre que De Gaulle voyage beaucoup (un kilométrage important en un jour), qu’il s’évertue à instaurer un rapport direct avec son Peuple, pour asseoir sa Popularité et son pouvoir : la foule l’acclame, les bains de foule et les poignées de main se succèdent à un rythme effréné, les enfants lui offrent des fleurs...

2) Le deuxième moment est fondamental, car si on s’arrête là, on ne répond que très partiellement à la problématique.
Il s’agit de changer en quelque sorte d’"échelle" : en apport magistral, on contextualise sur toute la Présidence de De Gaulle, et on compare avec les autres Présidences : De Gaulle est celui qui voyage le plus, qui fait le plus de kilomètres, de haltes dans les villes. C’est le seul Président qui se rend dans tous les départements français métropolitains. Il court en cela des risques importants pour sa sécurité : attentat du petit-Clamart en 62 (grand sang-froid du chauffeur, le gendarme Francis Marroux qui, dès l’ouverture des hostilités, eut la présence d’esprit de rétrograder de la quatrième à la troisième pour donner plus de vigueur à l’auto, et se dégager au plus vite de l’embuscade ; grâce à la commande de boîte de vitesses oléopneumatique et son embrayage automatique, Marroux opéra en un éclair et gagna ainsi de précieux dixièmes de seconde. Merveilleuse DS ! Mme De Gaulle s’inquiéta de l’état de santé des poulets embarqués dans le coffre -Ouf, ils étaient saufs !-) à la suite duquel naît l’idée de renforcer le système de sécurité présidentiel avec toujours plus de gardes du corps.
Le 12 avril 1961, De Gaulle mobilise même sa femme qui le retrouve en arrivant par le train : n’est-ce pas ici le début de la fonction "semi-officielle" d’épouse du Président, bref de "première dame" de France ?

Après ce moment de cours magistral, on montre aux élèves trois documents papiers :
– un schéma de la Constitution de la Ve République permettant de trouver que les voyages présidentiels ne sont qu’un élément d’un plus vaste programme politique visant à renforcer l’exécutif en établissant un rapport direct nouveau avec le Peuple : institution du Référendum, et élection au suffrage direct du Président après 1962. Le référendum doit être commenté par le Professeur : car, il s’agit au fond d’une forme de plébiscite à la Napoléon III (en cela cette institution n’est pas du tout démocratique, mais c’est surtout l’utilisation qu’en fera De Gaulle qui est, elle, très démocratique : en 1969, suite à l’échec du référendum sur la régionalisation, De Gaulle démissionne, ce que Chirac se refusera de faire ; et depuis, aucun Président n’ose réellement plus recourir au référendum).
– une photo d’une famille devant la télévision regardant un discours de De Gaulle : c’est un autre exemple de rapport direct entre le Président et son Peuple.
– enfin, un tract d’étudiants en mai 1968 caricaturant De Gaulle : la Popularité présidentielle repose finalement uniquement sur la légitimité populaire (en cela, le pouvoir de De Gaulle est donc bien totalement démocratique, ce qui contredit en bloc les critiques d’opposants de circonstance comme Mitterrand sur le "coup d’état permanent" ; lequel opposant renforcera d’ailleurs lui-même, une fois au pouvoir, le caractère très personnel et parfois "monarchique" de la Ve République si on veut bien l’opposer à la IVe). Mais, quand ce lien avec le Peuple est brisé, le pouvoir présidentiel s’effondre comme un château de cartes ; même si, dans un second temps, après mai 1968, la France traditionnelle vote massivement pour De Gaulle.

Pour l’ensemble du travail, il faut compter au minimum 1 H 30- 2 H 00, 1 H pour le moment 1, et 30 minutes - 1H pour le moment 2.

TICE : Il faut avoir un vidéoprojecteur.
Lien de la vidéo : INA ;
http://fresques.ina.fr/landes/fiche-media/Landes00329/voyage-du-general-de-gaulle-dans-le-sud-ouest-en-avril-1961.html

Bilan :
Positif : une démarche innovante dans la mesure où le cours traditionnel qui consiste à analyser un schéma de la Constitution de la Ve intéresse peu les élèves, alors même qu’ils voteront bientôt, ce qui est donc particulièrement dommage. Or, ici, on rend très dynamique et vivante l’analyse, tout en aboutissant finalement au même résultat qu’un cours traditionnel !
Négatif : la première partie apporte beaucoup moins que la deuxième, mais, faute de temps, on s’arrête à la fin de la première heure avec la seule idée d’un rapport direct De Gaulle-Peuple. Il faut donc attendre la deuxième heure pour répondre totalement à la problématique.