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Rubrique Compétences - Socle - Evaluation

L’évaluation sans notes (ou par compétences) au collège

Le 11 janvier 2015 - Xavier Rat

L’annonce récente du Ministère de l’Education Nationale d’une mise en place prochaine (rentrée 2015 ?) de l’évaluation sans notes à l’école élémentaire et au collège suscite de nombreuses réactions et interrogations à travers les médias. Notons que cette pratique est déjà assez largement développée comme en témoigne la liste des « référentiels partagés » sur le site sacoche.sesamath.net.

Au collège Bachelard de Dijon, suite à une proposition académique, nous avons lancé cette expérience pour le niveau 6ème dès la rentrée 2013-2014, et la poursuivons encore cette année, la grande majorité des collègues impliqués sur ce niveau ayant trouvé l’expérience non seulement intéressante et efficace d’un point de vue pédagogique, mais encore ressentie de manière plutôt positive par les élèves et les parents.
Cependant, lorsque nous nous sommes posés la question d’étendre ce mode d’évaluation au niveau 5ème, voire au-delà, les points de vue se sont avérés beaucoup plus divergents et le renoncement s’est finalement imposé. En cause, une certaine réticence de quelques collègues qui n’avaient pas participé à l’expérimentation de la première année et qui n’ont pu bénéficier d’un retour d’informations suffisant ; le doute exprimé par certains parents sur la pertinence à moyen et long terme de ce mode d’évaluation ; enfin, l’argument « choc » de l’administration rappelant que dans l’état actuel des choses, la notation chiffrée restait indispensable pour l’orientation au niveau 4ème et 3ème ainsi que pour le DNB, et qu’à ce compte il serait préférable que les élèves de 5ème soient préparés à cette situation.
Néanmoins, nous sommes plusieurs professeurs de différentes disciplines, convaincus de l’immense intérêt de cette pratique, à avoir décidé de l’étendre à toutes nos classes et donc à pratiquer la « double évaluation » en 5ème, 4ème et 3ème.

Je propose ci-dessous de présenter comment l’équipe disciplinaire d’Histoire-Géographie du collège Bachelard s’est organisée pour cette évaluation sans notes, puis de livrer mes réflexions à l’issue de 4 trimestres de pratique.

I/ Organisation


1/ Etablissement d’un référentiel commun (voir en annexe )
Élaboré à partir des objectifs du socle (compétence 5 et 6), ce référentiel regroupe l’ensemble des connaissances et des capacités énoncées pour le cycle « collège » en articulation avec les programmes d’Histoire, Géographie, Education Civique et Histoire des Arts. Nous utilisons conjointement un référentiel transversal pour la contribution de notre discipline à l’évaluation de la compétence 1 « La maîtrise de la langue française », de la compétence 4 « La maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication » et de la compétence 7 « L’autonomie et l’initiative ».
La partie « connaissances » a été organisée en 4 thèmes déclinés en 24 items. La partie « capacités » a été organisée en 7 thèmes déclinés en 26 items. Ce référentiel a subi un remaniement à l’issue de la première année d’expérimentation, allant dans le sens d’une simplification et d’une adaptabilité au-delà du niveau 6ème.

2/ Le système d’évaluation
Parmi les différents systèmes proposés par le site sacoche, notre conseil pédagogique a retenu le système des « points Lomer » et une division en 4 classes (ou niveaux de réussite) : double point vert = « très bien réussi » ; point vert = « réussi » ; point jaune = « partiellement mais insuffisamment réussi » ; point rouge = « pas du tout réussi ». Au moment du bilan, cela se traduit pour les différentes compétences évaluées durant la période, en 3 niveaux d’acquisition : vert= acquis, jaune = en cours d’acquisition, rouge = non-acquis.

3/ La grille d’évaluation :
Chaque professeur conçoit et organise librement ses grilles d’évaluation en utilisant les items du référentiel. A titre d’exemple, et d’après mon expérience, un contrôle d’une heure en classe de 6ème peut se traduire par l’évaluation de 12 à 15 items visant de 4 à 6 compétences dont au moins une compétence transversale (C1…).
Comme il est difficile d’imaginer une correction des copies avec des points de couleur, un codage des différents niveaux de réussite s’impose. Ainsi, dans la logique de la méthode de saisie dans sacoche, les niveaux de réussite peuvent se coder en 4,3,2,1.

II/ Quel bilan ?


1/ Un intérêt remarquable pour l’enseignant :


L’élaboration du référentiel constitue l’étape cruciale du dispositif d’évaluation sans notes : elle conduit en effet l’équipe disciplinaire à réfléchir aux connaissances et capacités essentielles que nous souhaitons faire acquérir à nos élèves. Le choix des items et leur formulation (aussi claire et précise que possible) aura évidemment une forte incidence sur les contenus pédagogiques mis en œuvre au fil des séances et la manière de concevoir les contrôles. Au final cette étape doit permettre d’harmoniser les pratiques des professeurs de l’équipe et de donner davantage de cohérence à l’enseignement de la discipline aussi bien à l’échelle de l’année scolaire qu’à celle du cycle collège tout entier. Elle permet aussi de réfléchir à une réelle progressivité des apprentissages.

Évaluer par compétences est à mon sens le seul moyen de cerner de manière efficace et objective les difficultés auxquelles se heurtent les élèves et par conséquent de concevoir le travail de remédiation. Un simple coup d’œil à la grille d’items d’un contrôle permet de juger de la nécessité de revenir, par exemple, à la définition d’une notion, de retravailler telle ou telle capacité à son niveau le plus simple, avant de l’aborder à un niveau plus complexe.
Au niveau 6ème, dans le cadre de l’Aide Personnalisée (AP), et dans les classes supérieures, si des heures de soutien peuvent être mises en place, on pourra utilement regrouper et faire travailler des élèves issus de différentes classes en fonction de leurs besoins.

L’évaluation par compétences n’alourdit en rien la charge de correction, car il n’y a aucune différence entre déterminer un niveau de réussite sur une échelle de 1 à 4, et, par exemple, attribuer une note au demi-point près sur une question valant 2 points dans le cadre de l’évaluation chiffrée.

Enfin, évaluer par compétences de la 6ème à la 3ème me semble incontournable pour valider le socle de manière tout à fait objective, puisque reposant sur un très grand nombre d’évaluations accumulées au cours des quatre années de collège et pouvant faire état de toutes les compétences visées par le programme. Dans cette perspective de validation du socle, la responsabilité de chaque membre de l’équipe disciplinaire se trouve engagée et cela peut être de nature à favoriser la mutualisation des démarches pédagogiques, amorcées lors de l’élaboration du référentiel commun.

2/ Un outil pour faire progresser les élèves :

Pour l’élève, l’intérêt essentiel de l’évaluation par compétences réside dans le repérage précis (et donc une meilleure compréhension) des difficultés auxquelles il peut se heurter. Il devient alors possible, avec l’aide de l’enseignant, voire aussi des parents, de mettre en place des stratégies pour « mieux réussir » la fois suivante. Ainsi, en articulation avec les actions de remédiation conduites en classe ou en groupe d’AP, l’élève se trouve placé dans une dynamique de progression. Obtenir quelques points verts, ou ne plus avoir de points rouges, parmi une douzaine d’items évalués dans un contrôle, paraît un chemin moins difficile à parcourir que de passer de 5/20 à 10 ou 12/20.

Dans le cadre d’une évaluation par compétences conduite sur les quatre années du cycle collège, le système présente aussi l’avantage de permettre à l’élève de progresser à son rythme, au moins en ce qui concerne l’acquisition des capacités et celle de connaissances (telles que la maîtrise des repères chronologiques et spatiaux et d’une partie du vocabulaire spécifique) dés lors que tout cela peut se trouver réactivé et donc évalué à plusieurs reprises tout au long du cycle. Ne pas bien connaître les grands repères physiques du monde ou ne pas savoir ce que sont la densité de population et la fécondité durant l’année de 6ème n’excluent pas que l’élève y parvienne en classe de 3ème, moment où les compétences du socle seront validées.

3/ Des limites

Indéniablement l’évaluation par compétence fait disparaître la notion de classement sur une échelle de valeurs quelque peu abstraite que constitue la notation sur 10 ou 20 et le calcul d’une moyenne. Or, toute notre société est profondément marquée par ce baromètre qui depuis des générations permet de distinguer l’ « excellent élève » de l’ « élève moyen », l’ « élève en difficulté » de l’ élève en grande difficulté », détermine la réussite aux examens et concours et pèse largement sur l’orientation tout au long du cursus scolaire. Remplacer un système par un autre n’est jamais facile et on comprendra aisément pourquoi un grand nombre d’enseignants et de parents d’élèves, de responsables et de spécialistes de l’éducation puissent encore défendre et vouloir maintenir la notation chiffrée, même s’ils en reconnaissent les imperfections.

Il est aussi intéressant de constater que certains élèves de 6ème , plutôt en situation de réussite et de très bonne réussite ont manifesté leur satisfaction à l’annonce qu’ils retrouveraient la notation et les moyennes sur 20 à partir de la 5ème. Aussi, tout au long de l’année j’avais pu remarquer que ces mêmes élèves, lors du retour de leurs copies, comptabilisaient leurs points verts et procédaient à des comparaisons entre camarades. La note semble rester pour eux le moyen le plus commode de mesurer et de faire état de la valeur de leur travail.
De manière plus marginale, mais tout à fait tangible, j’ai pu constater que certains élèves obtenant un très bon, voire excellent, niveau de réussite sur l’ensemble des items évalués au cours du premier trimestre, marquaient le pas au second et troisième trimestre, et finissaient parfois par obtenir des résultats insuffisants sur des items relatifs aux connaissances, signe manifeste de leçons peu ou pas étudiées. Il semblerait donc, que, dégagé de la pression que pouvait représenter la « mauvaise note » ou la « moins bonne note » ces élèves parvenaient à se satisfaire d’un bilan plus mitigé, dés lors que le nombre d’items réussis l’emportait sur celui des items insuffisamment réussis. En aurait-il été de même dans le cadre d’une notation chiffrée si ces élèves avaient vu passer leurs notes de 20 à 14 ou de 18 à 12 ?

C’est donc là où se situe, à mon avis, la principale faiblesse du système d’évaluation sans notes. Si, de toute évidence, il favorise la progression des élèves en difficulté (à condition bien sûr que puissent être menées des actions de remédiation), il n’encourage pas forcément à l’excellence.

Pratiquer la double évaluation au collège me semble le meilleur moyen de conserver les avantages des deux systèmes. Pourquoi les opposer alors que l’on peut très bien les utiliser de façon complémentaire ? Certes, la charge de correction des copies s’en trouve alourdie de manière sensible, et c’est très probablement ce qui pourrait susciter le plus de réticences de la part de nombreux collègues.
Il faut néanmoins savoir qu’une interface comme Sacoche propose déjà des fonctionnalités pour transformer « automatiquement » en note les taux de réussite dans les différentes compétences. Même si je ne les ai pas encore explorées de manière assez approfondie, car rien ne m’y poussait jusqu‘ alors, j’en ai toutefois retenu l’idée qu’il faudrait réfléchir à l’élaboration de référentiels avec pondération des items. Il y a là un vaste chantier à réaliser, méritant l’investissement des équipes disciplinaires des établissements et des groupes académiques.

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