search

Accueil > Enseigner avec le numérique > Enseigner avec le numérique > Le championnat de composition

Le championnat de composition

jeudi 1er novembre 2018, par M. Bertrand

L’apprentissage de compétences liées à l’argumentation nécessite du temps et de l’investissement, tant de la part des élèves que des enseignants. Cet article a pour objectif de présenter une situation d’apprentissage permettant de ludifier la réalisation d’un exercice d’argumentation en associant à la fois une activité préparatoire à l’écrit et la réalisation d’une argumentation à l’oral.

Dans un article publié en septembre 2018 sur The Conversation, Yann ROCHE se demande « Pourquoi les élèves n’en font pas plus que ce que demandent les profs ». A cette question, l’ingénieur-chercheur en pédagogie propose plusieurs pistes de réponses en rappelant que les élèves, comme le reste de la société, ont majoritairement un rapport utilitaire au savoir et qu’ils développent par conséquent un rapport stratégique aux études.

Ainsi, une étude menée par Saeed PAIVANDI, professeur en sciences de l’éducation, sur une cohorte d’étudiants montre que :

  • 36 % déclarent travailler dans une perspective utilitariste pour obtenir des bonnes notes, réussir aux examens et s’assurer un bon avenir professionnel ;
  • 34 % ont une approche « minimaliste » du travail et se contentent consciemment d’un minimum indispensable pour valider leur année ;
  • 11 % sont « désimpliqués  » ;
  • Et seulement 19 % « privilégient la compréhension et le sens », « s’approprient le savoir d’une manière personnalisée » et justifient leur implication par un « plaisir d’apprendre » non-stratégique.

Ce constat interroge l’efficacité des situations d’apprentissage proposées aux élèves et étudiants, notamment en histoire et géographie dont l’enseignement répond traditionnellement à trois finalités principales :

  • Une finalité civique qui vise à donner aux élèves les outils leur permettant de comprendre le monde social et politique dans lequel ils vivent et d’y exercer, le moment venu, leur responsabilité de citoyen doté d’un esprit critique ;
  • Une finalité intellectuelle qui invite les élèves à comprendre et mettre en perspective le monde dans lequel ils vivent dans le temps et dans l’espace, en adoptant notamment une démarche comparative ;
  • Une finalité culturelle qui consiste à fournir aux élèves un bagage / socle culturel commun censé être à l’origine d’un sentiment d’appartenance commune.

Or, on comprend au regard de la nature des examens et du principe de viabilité des connaissances que c’est sur ce dernier aspect culturel – souvent circonscrit à la question des programmes – que se focalisent toutes les attentions, aussi bien des élèves et de leurs parents, que de la société qui nourrit régulièrement de nombreux débats et polémiques sur la nature des questions, thématiques et repères à enseigner. Pourtant, les études les plus abouties sur ces questions (LANTHEAUME et LETOURNEAU, 2016) nous invitent à la plus grande modestie sur la place des professeurs d’histoire dans la construction d’une culture historique commune au regard de l’importance grandissante des films, BD, jeux vidéos, émissions de télévision, youtubeurs, etc.

C’est dans cette perspective que s’inscrit cette proposition d’activité révélatrice d’une démarche de « classe inversée » considérée non pas comme une méthode pédagogique organisant « le cours à la maison et les devoirs en classe », mais comme une adaptation des pratiques pédagogiques aux nouveaux contextes technologiques et documentaires qui transforment le rapport de nos sociétés aux savoirs. En somme, il s’agit de rappeler, en histoire-géographie comme dans d’autres disciplines, que les connaissances sont certes un élément essentiel du processus d’apprentissage mais qu’elles n’en constituent ni un préalable, ni l’unique finalité. Ainsi, les classes inversées contribuent à transformer le rapport des élèves au savoir afin de valoriser non plus seulement la mémorisation mais d’autres tâches cognitives et compétences transversales. Dans le cadre de l’enseignement de l’histoire, il s’agit notamment de proposer un rééquilibrage entre la finalité culturelle d’une part, et les finalités civique et intellectuelle d’autre part.

Les objectifs pédagogiques pour les élèves

  • Développer des compétences liées à l’argumentation ;
  • Développer des compétences liées à la recherche d’informations en autonomie ;
  • Développer des compétences liées à la coopération et le travail en équipe ;
  • Développer des compétences liées à la maîtrise de l’oral.

Les objectifs pédagogiques pour les enseignants

  • Diversifier les situations d’apprentissage ;
  • Proposer des situations d’apprentissage ludiques et permettant de dédramatiser certains blocages liés à l’écriture ;
  • Proposer des situations d’apprentissage permettant de mettre en œuvre une différenciation simple et rapide ;
  • Proposer des situations d’apprentissage permettant à la fois de susciter une émulation / saine compétition entre les élèves, tout en favorisant le travail d’équipe, la coopération et l’évaluation par les pairs.

1. La phase de préparation

Les élèves sont invités à travailler sur un plan permettant de mettre en œuvre une argumentation en réponse à un sujet / une problématique.
Selon le niveau de classe et les objectifs pédagogiques, il est possible d’envisager différentes formes d’organisation de cette phase de préparation :

2. La phase de mutualisation

C’est une étape très importante au cours de laquelle les élèves mettent en commun leur préparation et confrontent leurs idées.

Les élèves savent qu’ils vont devoir défendre collectivement leur argumentation et que la cohérence de l’équipe peut être un élément qui fera la différence. Ils travaillent donc souvent avec beaucoup de sérieux durant cette phase afin de choisir le meilleur exemple possible et s’assurer que chacun maîtrise le plan et la logique de l’argumentation.

Les équipes peuvent être imposées par l’enseignant afin de favoriser la mixité ou bien constituées de manière aléatoire à l’aide d’un outil comme KeamK.

Pendant la phase de mutualisation, l’enseignant complète sa feuille de match sans que les élèves ne sachent au préalable sur quelle partie ils vont être interrogés :

(cliquez sur le lien hypertexte pour accéder et télécharger cette feuille de match au format PDF)

3. La phase d’argumentation

Après quelques mots permettant d’introduire le sujet, l’enseignant dévoile les deux premières équipes qui vont s’affronter sur le modèle d’une battle de hip-hop ou bien de joute oratoire :

Il peut par exemple utiliser ce support de présentation qui permet d’organiser les temps de passage :

Pendant que les équipes se succèdent au tableau, afin d’éviter ceci pour le reste de la classe…

… vous pouvez adopter plusieurs stratégies :

  1. Inviter les élèves à prendre en notes le plan qui se construit au fur et à mesure des battles afin de bénéficier d’un corrigé construit collectivement ;
  2. Inviter les élèves à compléter une fiche d’évaluation à partir de critères discutés et adoptés collectivement au début de la séance ;
  3. Prévenir les élèves que l’activité sera évaluée et qu’ils seront invités à reproduire le plan de composition à l’issue de la séance.

4. La phase de remédiation

A l’issue de chaque battle, la classe doit désigner l’équipe la plus convaincante en justifiant son choix sur des critères liés à la fois aux connaissances et à la méthode.

C’est un moment important au cours duquel les élèves progressent énormément en termes de méthodologie car ils discutent ensemble de la validité d’un exemple, ou bien de la finesse d’une transition par rapport à une autre. Très rapidement, les élèves se prennent au jeu et développent des capacités d’écoute et d’évaluation entre pairs.

Il est par ailleurs possible à ce moment de valoriser la note de certains élèves au regard de leur implication dans cette phase de remédiation et de la qualité de leurs remarques / conseils aux autres élèves.

Conclusion

Expérimentée et améliorée par mes élèves depuis trois années, cette activité bénéficie désormais d’un bilan globalement positif :

  • Elle favorise le travail d’équipe et la coopération entre élèves : très rapidement, les élèves comprennent que la participation de tous les membres du groupe à l’oral constitue un critère permettant de départager deux équipes. Les élèves les plus à l’aise avec l’argumentation ou ayant pris de l’avance dans la phase de préparation profitent de la phase de mutualisation pour faire progresser les élèves les plus en difficulté avec l’argumentation.
  • Elle encourage les élèves à approfondir les connaissances  : dès la deuxième édition de cet exercice, certains élèves ne se contentent plus des connaissances fournies dans le tableau de préparation. Ils comprennent en effet que les connaissances complémentaires apportées leur permettront parfois de faire la différence lors des battles. Ils vont donc chercher les chiffres les plus récents en géographie ou bien l’exemple le plus original en histoire.
  • Elle favorise une écoute mutuelle et une co-construction des compétences : lors de la phrase de remédiation, les élèves doivent à la fois repérer les erreurs ou imprécisions dans les connaissances, mais aussi proposer des améliorations dans la mise en œuvre de la méthode.
  • Elle facilite l’apprentissage des connaissances car elle mobilise au moins 5 conditions favorisant la rétention d’information à long terme :
    • Avoir compris les connaissances pour être en mesure de les mettre en œuvre à l’oral (dans la phase de préparation et de mutualisation)
    • Mobiliser la mémorisation active en se posant des questions (phase de mutualisation et de remédiation)
    • Répéter ces connaissances à intervalles expansés (3 fois, dont 2 à distance)
    • Développer ses capacités intentionnelles (dans la phase d’argumentation)
    • Bénéficier d’un feedback immédiat permettant de rectifier une éventuelle incompréhension et de profiter des bénéfices de l’erreur (phase de remédiation)

Cet article est une synthèse de la formation proposée dans le cadre de l’Université Numérique d’Automne (UNA).
Si vous souhaitez bénéficier d’une formation sur cette thématique, deux possibilités :
1. Demander un stage d’établissement par l’intermédiaire de votre chef d’établissement
2. Demander à ce que cet atelier soit proposé au PAF 2019-2020 en envoyant un message à l’auteur de cet article ou bien à l’inspection d’histoire-géographie.