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Un escape game sur le thème des aires urbaines en 3e

mercredi 24 janvier 2018, par J-F Boyer webmestre

Construction d’une tâche pour des élèves sur les aires urbaines en géographie à travers un escape game, avec quelques modifications liées au milieu scolaire. Classe de 3e, Cycle 4.

Depuis deux ou trois ans, on assiste en France au développement d’une pratique ludique : les escape game.

L’escape game, "jeu pour sortir" est un jeu d’équipe et de réflexion sur un thème. Il s’agit de sortir d’une salle fermée dans un temps limité, en résolvant des énigmes, libérant des indices. Cette activité suppose pour les participants un esprit d’équipe, une coopération, de la rapidité, de la réflexion pour résoudre les énigmes proposées dans des enveloppes par exemple. L’escape game est un loisir qui se traduit par l’ouverture de nombreuses salles en France avec des thèmes (horreurs, sciences fiction, histoire...) et des décors en conséquence.

Dans le contexte scolaire, nous n’allons pas modifier la décoration de notre salle classe, mais jouer plutôt sur un thème en géographie... Le jeu ou l’activité ludique est une démarche possible pour résoudre un problème. Par problème, il faut entendre une tâche donnée qui nécessite une action "quand aucune méthode de solution n’est évidente pour celui qui résout le problème "(Mayer et Wittrock, 2006). Par jeu, nous entendons, une activité avec une règle de jeu, un début et une fin, et en général un perdant et un gagnant. Dans le milieu scolaire, on ne parle pas dans les activités de perdant et de gagnant...heureusement d’ailleurs. Dans le jeu, le risque de perdre ou de gagner quelque chose est souvent un élément clé de motivation. Peut-il être utile de proposer une activité scolaire sous la forme d’un jeu sans que "le danger de perdre " ne vienne étouffer l’intérêt d’apprentissage pour l’élève ? Est-ce que la ludification des apprentissages peut aider l’élève ?

Cet article n’a pas pour objectif de présenter des travaux scientifiques sur la question mais de donner l’exemple d’un jeu sous la forme d’un escape game, de montrer une faisabilité rapide et son intérêt pour les élèves. Les documents en pièce jointe donne les éléments du jeu.

Le jeu a nécessité la création d’équipes de 5 à 6 élèves. En fonction du nombre de points obtenus, chaque équipe s’est vue décerner une récompense plus ou moins importante, en sachant que l’équipe pouvait tout perdre (sauf le cours !!) si elle ne résolvait pas toutes les énigmes en 60 minutes. En réalité, le système d’énigme (4) devait permettre de tout résoudre dans le temps imparti : ce fut le cas (de justesse pour une équipe !). Le but de l’enseignant était de faire découvrir des notions de géographie. C’est un point important : construire un jeu dans un cadre et un apprentissage scolaire c’est doser le ludique et l’apprentissage de connaissances.

Ce jeu a été proposé aux élèves de deux classes de 3e, un escape game avec pour thème (donné le jour j) sur les aires urbaines. Les élèves étaient engagés dans la tâche à l’avance par le visionnage d’une petite vidéo dans le cahier de texte numérique leur indiquant qu’une activité nouvelle allait leur être proposée au cours suivant (une séance de deux heures).

Pour l’enseignant, il s’agissait d’explorer en 60 minutes des savoirs factuels sur ce thème de géographie. La tâche proposée didactise des connaissances : aire urbaine, centre ville, périphérie, urbanisation, étalement urbain, causes de l’étalement urbain, couronne périurbaine. Cette construction didactique va donc jouer essentiellement sur du vocabulaire. Elle permettra aussi de faire produire des réponses argumentées (décrire, expliquer) : on y retrouve des savoirs faire. On voit que construire un escape game pédagogique nécessite une réflexion didactique identique à toutes autres tâches proposées aux élèves.

Les objectifs pour les élèves sont les suivants :

- apprendre du vocabulaire sur le thème des aires urbaines
- s’entraider, coopérer pour résoudre les énigmes
- proposer des réponses écrites et construites (décrire, expliquer...).

On peut donc dire que des compétences sont mises en jeu :
- Analyser et comprendre un ou des documents
- Pratiquer différents langage : écrire/argumenter
- Coopérer et mutualiser
- Se repérer dans l’espace

Le jeu :
Les élèves sont enfermés (les portes fermées mais pas à clef) entre 10h40 et 11h40 pour une classe et pour l’autre entre 9h40 et 10h40. Ils n’ont donc pas eu d’interclasse ou de récréation ce qui crée un sentiment d’enfermement et respecte le principe de l’escape game. Je précise qu’il n’y a eu pour les deux classes, aucune récrimination.
La salle de classe est divisée en 4 îlots de table pour chacune des équipes. Sur la table, une enveloppe les attend avec les consignes (une feuille), une fiche avec les points et la première énigme avec un document (image ou plus...).
Un cinquième îlot pour l’enseignant (le maître du jeu). On voit qu’il y a une petite modification par rapport à un escape game : normalement les participants sont seuls dans la salle...difficile à réaliser dans le milieu scolaire pour des raisons de sécurité par exemple. Sur ce cinquième îlot, j’ai placé des aides éventuelles et je serai là pour que l’équipe me remette la réponse et que j’attribue les points et l’énigme suivante. Dans un escape game, les réponses sont données par téléphone par exemple ou passées sous la porte...
Lorsqu’une équipe a terminé les énigmes, elle peut sortir de la salle pour aller retrouver la conseillère pédagogique (complicité et je la remercie) qui remettra : le cours (!) et quelques bonbons puisque cette activité a été réalisé le jeudi ou le vendredi de la veille des vacances de Noël (un point discutable : motivation externe !).

Bilan :
Le premier point est l’enthousiasme des élèves, et je dirai de tous les élèves. La motivation du jeu exacerbe l’envie des élèves de réussir à décrypter les énigmes. Est-ce que cette motivation externe n’est pas trop forte pour comprendre le vocabulaire en jeu dans l’activité ? Je n’ai jamais vu des élèves inquiets, énervés, stressés quand ils apportaient leurs réponses. Ils étaient motivés dans le travail de résolution de l’énigme... tous apportaient une contribution, même si, à l’observation, j’ai perçu certains plus actifs que d’autres dans des groupes hétérogènes. Mais dans des groupes avec des élèves plus en difficulté, l’envie de résoudre les énigmes était toute aussi présente. Ils s’engageaient pour réussir... ce qui était visible dans leurs gestes et dans leurs regards. J’avais l’impression de voir des candidats d’un jeu télévisé !

La coopération, l’analyse des documents et l’écriture m’ont semblé mises en oeuvre tel que je l’attendais, avec un niveau de réussite correct.
La compréhension des phénomènes d’étalement urbain et d’aire urbaine est en général atteinte. Certaines réponses manquaient d’éléments précis mais l’ensemble semblait compris. La première énigme par exemple a été trouvée par une seule équipe (ou groupe), les autres ayant choisi "commune rurale". Mais chaque équipe argumentait sa réponse.
Les autres énigmes n’ont pas posé de problème dans le contenu. On pourrait assimiler l’énigme 1 à une situation problème, qui permet la découverte d’une notion, alors que les autres énigmes sont plutôt des résolutions de problèmes avec des notions et des compétences plus ou moins connues.

Il faudrait reprendre les éléments et tester les élèves à la suite, mais les vacances sont venues. Nous reprendrons le tout à la rentrée. Je conçois cette séance comme un moment didactique d’exploration de la notion d’aire urbaine. Nous reprendrons dans une synthèse orale les notions vues.

Il me semble que des élèves ont joué le jeu (jeu de mots) parce qu’il leur semblait possible d’arriver, ensemble, à résoudre les énigmes ou problèmes. Ce n’était donc pas seulement ou simplement l’intérêt pour la connaissance qui rendait la tâche intéressante, mais aussi le sentiment d’être capable d’y arriver parce que la notion de travail semblait s’être évaporée dans le ludique...
Il y a donc un intérêt à ce type de situation à proposer aux élèves mais en même temps, il y a le risque que les connaissances ne soient pas suffisamment ancrées. Il s’agit donc de situation d’apprentissage d’exploration qui demanderont ensuite une situation de synthèse et d’analyse... finalement comme toutes les situations de départ.

Il s’agissait d’une première pour moi et pour mes élèves. Il faut donc renouveler l’expérience et l’intégrer dans un processus didactique plus long...

Voir :
- Sur ce site : Utiliser un jeu sérieux en classe de 1ère : un jeu autour de la LGV sud-atlantique : http://histoire-geographie.ac-dijon.fr/spip.php?article839
- Sur le portail national Eduscol : http://eduscol.education.fr/jeu-numerique/article/2201
- Une revue en ligne : "Le jeu en contexte scolaire : un outil au service du renouveau didactique de la géographie ?" : http://journals.openedition.org/sdj/880
- Le site S’cape consacré aux Escape Games pédagogiques : http://scape.enepe.fr/
- Tester un escape game à Dijon : https://www.lindicecret.com/theatre/