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Des paysans immigrés en France : les Algériens pendant la guerre d’Algérie

RDV Blois 2012 - Thème : Les paysans

lundi 29 octobre 2012, par Gaëlle Charcosset

Cette table ronde, organisée par la Cité nationale de l’histoire de l’immigration et les Editions Autrement, réunissait Linda Amiri, enseignante et doctorante au Centre d’histoire de Science Po Strasbourg et Peggy Derder, historienne et responsable du département éducation de la Cité de l’histoire de l’immigration ; elle était animée par Marie Poinsot, rédactrice en chef de la revue Hommes et Migrations.

Elle permettait de présenter deux ressources complémentaires : d’une part, l’exposition organisée à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, Vies d’exils, des Algériens en France pendant la guerre d’Algérie (1954-1962) inaugurée le 9 octobre dernier et qui se tiendra jusqu’au 19 mai 2013 et, d’autre part, le catalogue Algériens en France, 1954-1962 : la guerre, l’exil, la vie, aux Editions Autrement, tous deux sous la direction de Benjamin Stora et Linda Amiri. L’exposition est organisée en trois temps : « la vie sociale », « le rapport à la société française » et « passion politique ». Le deuxième axe n’a pas été développé durant cette table-ronde.

Quelle est la vie quotidienne des Algériens en France pendant la guerre d’indépendance ? Quelle est leur perception de la guerre ?

Contexte

L’immigration commence à la fin du XIXe siècle, et jusqu’ à la Deuxième Guerre mondiale, elle concerne essentiellement la Kabylie qui est très touchée par la confiscation des terres. Ce sont donc essentiellement des paysans qui partent, mais pas seulement.

Après 1954, l’immigration concerne toutes les régions d’Algérie, y compris le sud ; le phénomène s’accélère avec la guerre. Concernant entre 250 à 300 000 personnes, il double entre 1954 et 1962. La majorité quitte les campagnes pour se rendre en France, ce qui représente un double exil : ils arrivent en France et font la connaissance du monde de l’usine.

Contrairement à d’autres immigrations, les personnes arrivent sans travail, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de politique patronale de recrutement sur place.

Paris accueille les 2/3 de l’immigration du fait des besoins de main-d’œuvre. La question du logement est prise en compte à partir de 1956 avec la mise en place de la Sonacotral (SOciété NAtionale de COnstruction de logements pour les TRAvailleurs ALgériens) qui deviendra ensuite la Sonacotra.

Vie sociale

Linda Amiri insiste sur la place particulière des cafés de quartier dans la sociabilité des immigrés algériens : ils sont des lieux de socialisation important et joue un rôle dans la vie politique et culturelle des Algériens. A partir de 1956, ils deviennent des lieux de violence (on évoque une « guerre des cafés ») où s’opposent FLN (Front de libération nationale) et MNA (Mouvement national algérien).

L’installation étant libre, les Algériens font le choix de s’établir là où ils ont de la famille, où ils ont des connaissances, aussi il existe une coloration de certains quartiers par origine toutefois davantage régionale que villageoise.

L’immigration familiale reste très minoritaire et essentiellement dans les bidonvilles. Les femmes vont avoir une influence sur la cuisine et le maintien de plats d’origine algérienne. L’alimentation est cependant de manière globale plus variée que celle connue en Algérie, d’autant que des immigrés ont connu la disette avant leur départ.

Passion politique

Deux paradoxes caractérisent la situation politique des Algériens en France.

Jusqu’en 1954, la pluralité politique existe en Algérie. Dès les insurrections de novembre 1954, l’état de guerre est instauré. En revanche, dès le départ, le nationalisme bénéficie de soutiens en métropole : des ouvriers vivent pleinement leur vie en France et, le soir, cotisent, militent pour l’indépendance. Pour une partie d’entre eux, la lutte contre le colonialisme n’aboutit pas à une rupture avec la société française. Des arrestations et des opérations de maintien de l’ordre ont lieu, mais le début de la confrontation et de la guerre en France est en 1958, avec les attentats qui visent à maintenir des militaires en France.

De même, ces immigrés qui ont participé à l’indépendance font le choix de rester en France après l’obtention de cette indépendance. La liberté de circulation entre la France et l’Algérie est maintenue jusqu’en 1966-1967.

Cette histoire ne s’est pas forcément transmise. 51 ans après, les témoignages se font plus librement et, en Algérie, les mémoires se multiplient, y compris de la part de personnes qui n’ont pas eu un rôle de premier plan. Donc la parole se libère.

Démarche pédagogique

Cette exposition répond à une attente de la société ; d’autres sont progressivement organisées, comme celle qui a eu lieu aux archives municipales de Lyon (Des avocats lyonnais auprès d’Algériens en guerre. Récits d’engagement, 1954-1962, qui s’est tenu du 10 mai au 28 juillet dernier : http://www.archives-lyon.fr/archives/sections/fr/expositions/expositions_preceden2700/2012/expositions_2012/des_avocats_lyonnais/).

Les programmes de l’enseignement secondaire tiennent compte de ces nouvelles attentes, car, si la guerre d’Algérie est présente depuis 40 ans en lycée, 30 ans en collège, les approches, comme celles de la recherche (la torture, la justice, les harkis, le 17 octobre par exemple), se sont profondément renouvelées.

L’exposition de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration s’appuie sur des fonds publics mais également des photos de famille et des œuvres d’art contemporain issus des fonds privés. Elle peut être un support intéressant dans le cadre des programmes de 1ère et éventuellement de 3e (en associant la séquence sur l’immigration et celle sur la guerre d’Algérie). Le site internet de la Cité permet de présenter des supports d’études possibles : photographies, les productions littéraires, le cinéma (ex. Hors la loi, Vivre au paradis).

Lorsque la guerre d’Algérie est évoquée, Peggy Derder le souligne, il est important d’inclure l’enseignement des mémoires, de les interroger et de montrer qu’elles entrent en concurrence (Benjamin Stora évoque une « guerre des mémoires »).

Bibliographie

Linda AMIRI, La bataille de France. La guerre d’Algérie en métropole, Paris, Robert Laffont, 2004, 240 p.

Benjamin STORA et Linda AMIRI, Algériens en France. 1954-1962 : la guerre, l’exil, la vie, Paris, Editions Autrement, 2012, 223 p. (le catalogue de l’exposition)

Mustapha HARZOUNE [dir.], Algérie-France. Une communauté de destin.— Hommes et migrations, n° 1295, janvier-février 2012, http://www.hommes-et-migrations.fr/index.php?/numeros/6685-algerie-france-une-communaute-de-destin.

Mustapha HARZOUNE [dir.], France-Algérie. Le temps du renouveau.— Hommes et migrations, n° 1298, juillet-août 2012, http://www.hommes-et-migrations.fr/index.php?/numeros/6959-france-algerie-le-renouveau.

Ressources en ligne

Sur le site de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration :

- la présentation de l’exposition : http://www.histoire-immigration.fr/2012/1/vies-d-exil-1954-1962-des-algeriens-en-france-pendant-la-guerre-d-algerie

- les ressources multimédia autour de l’exposition : http://www.histoire-immigration.fr/musee/expositions-temporaires/vies-d-exil-1954-1962-des-algeriens-en-france-pendant-la-guerre-d-algerie

- l’accompagnement éducatif autour de l’exposition : http://www.histoire-immigration.fr/education-et-recherche/la-pedagogie/accompagnement-pedagogique-autour-des-expositions