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Rubrique Mise au point scientifique Histoire

L’image des paysans dans les medias aujourd’hui

Le 29 octobre 2012 - Gaëlle Charcosset

Débat organisé par le journal La Croix, animé par François Ernenwein, rédacteur en chef à La Croix et réunissant Etienne Gangneron, agriculteur, président de la commission agriculture biologique de la FNSEA, Bertrand Hervieu, sociologue, Séverin Husson, journaliste au service économie de La Croix (rubrique agriculture) et Emmanuel Laurentin, animateur et producteur de La fabrique de l’histoire sr France Culture.

La construction de l’image des paysans au XXe siècle

Emmanuel Laurentin pose quelques jalons de la constitution de l’image des paysans au XXe siècle :

- la mise en place d’une cinémathèque à la demande du ministère de l’Agriculture ;

- la série les conteurs à la télévision dans les années 1960-1970 présente la perte du monde paysan ;

- les images produites par les « paysans » eux-mêmes, par les leaders du monde agricole, comme Michel Debatisse, Raymond Lacombe et José Bové ;

- les images produites par le pouvoir lui-même en fonction de ses objectifs (période de Vichy ; période des Trente Glorieuses pendant laquelle on présente aux agriculteurs la nécessité d’un effort national de production).

Donc les images sont nombreuses et de sources très variées.

Le point de vue de la FNSEA

Etienne Gangneron présente la difficulté pour la FNSEA de rendre compte de la très grande diversité des agriculteurs.

La crise de la vache folle en 1996 a par ailleurs participé à diffuser une image des agriculteurs dans laquelle ils ne se reconnaissent pas. De même des films participent au brouillage. Ainsi, La mort est dans le pré, film sorti cette année sur la question délicate des agriculteurs malades des pesticides qu’ils utilisent donne une image très réductrice de la profession, les prés faisant allusion à l’élevage alors que l’enquête porte sur des arboriculteurs.

Enfin, Etienne Gangneron constate qu’il y a un décalage entre l’image plutôt positive de la population mais un traitement plus négatif de la part des medias.

Le brouillage des images

Bertrand Hervieu estime que quatre facteurs expliquent l’image des agriculteurs aujourd’hui.

L’image du passé est lourd parce que la modernisation de l’agriculture a été une conquête, un mouvement social qui a tenté de se soustraire à l’archaïsme. Il y a eu la volonté de changer d’image, conjuguant rêve de modernisation et volonté politique sous la IVe République. Il y a une sorte de deuil impossible de cette épopée.

De plus, les agriculteurs qui représentent à peine 2 % de la population – et qui sont donc très minoritaires – n’ont jamais été aussi éclatés sur le plan des identités : le métier s’est profondément segmenté. Une profonde recomposition est en cours autour de trois pôles :

- les exploitations agricoles familiales sont de plus en plus associées aux productions animales. Il y a aujourd’hui une diversification des systèmes d’exploitation ;

- la crise économique. Les capitaux se sont concentrés autour des produits agricoles, des terres, du foncier. Il y a un phénomène d’accaparement des terres, qui n’est certes pas majeure en Europe de l’Ouest mais cette région est également touchée. Si ce phénomène perdure, on s’oriente vers une agriculture sans agriculteurs par le passage sous forme d’entreprise. C’est un phénomène qui touche particulièrement l’Île-de-France, le Bassin parisien.

- le pôle de la survivance au niveau mondial, de la survie au niveau européen. Dans un contexte de rareté du travail, on voit dans les domaines agricole et péri-agricole des formes de bricolage pour construire un revenu (vente directe, salariat, jardin, etc.). La situation des Etats-Unis est à cet égard assez éclairante sur les évolutions en cours. En effet, au niveau national, on a une stabilité du nombre des exploitations, mais des évolutions très nettes dans la structuration se dessinent : des exploitations familiales moyennes de la Corn Belt disparaissent, rachetées par de très grandes entreprises agricoles ; à proximité des villes, en particulier en Californie, des micro-exploitations se développent et vivotent en s’appuyant sur la vente directe.

Par ailleurs, la profession agricole française est la profession la mieux organisée en France mais également dans le monde ; elle a fait appel à des communicants pour travailler pour leur image. Il y a une sorte de brouillage qui s’établit alors car les organisations professionnelles agricoles se sont appuyées dès leur origine sur le mythe de l’unité. Si elles ne parviennent pas à une unité de l’image, elles ont l’impression de perdre l’unité de leurs origines.

Enfin, le monde agricole, dans les années 1990-2000, a été fasciné par l’image de Bernard Tapie et du chef d’entreprise ; cela a conduit par un abandon de la recherche d’une parité avec les classes moyennes pour se rapprocher avec le MODEM. D’où la poursuite du brouillage.

Etienne Gangneron réagit à la présentation de Bertrand Hervieu. Il partage son point de vue sur les deux premiers points développés, ce qui implique selon lui à une loi sur le foncier qui est urgente, car l’accès au foncier est un enjeu. En ce qui concerne le statut de chef d’entreprise dans l’agriculture, il a donné lieu au sein de la FNSEA à un débat et le consensus n’a pas été trouvé facilement. La disparition de la main-d’œuvre familiale, le recours à une main-d’œuvre salariée, avec toutes les contraintes qu’impose cette nouvelle activité de gestion des salariés justifient la recherche de ce statut de chef d’entreprise.

Bonne image / Image dépréciée

Séverin Husson tente de résumer pourquoi il est difficile du point de vue des medias de donner une vision juste du monde agricole. En effet, si les agriculteurs disposent d’une image positive auprès du public, ils ont l’impression d’une image dépréciée par les villes et les medias.

Pour ces derniers, il est difficile de rendre compte de la très grande hétérogénéité des agriculteurs, d’autant que les journalistes ont l’impression d’avoir accéder à un très grand nombre d’indicateurs d’ordre économique mais de peu de données à dimension sociologique.

De plus, il y a des sujets dont il est difficile de rendre compte, car ils sont très techniques, donc difficiles à expliquer tout en tenant compte de l’intérêt du lectorat. Des sujets polémiques comme les OGM et les questions environnementales conduisent également à un repli et à une incompréhension des agriculteurs.

Enfin, les organisations professionnelles diffusent une image qui ne reflète pas la diversité du monde agricole. Ainsi, de l’extérieur, la FNSEA donne une image monolithique, tandis qu’à l’intérieur, une très grande diversité s’exprime.

Emmanuel Laurentin réagit à cette présentation en s’interrogeant que les projections du public sur le monde agricole et en soulignant qu’une même source peut diffuser à la fois la meilleure et la pire des images (par exemple Profils paysans de Raymond Depardon). De même, il fait le parallèle avec France Telecom au sujet du nombre de suicides qui dans un cas fait l’objet d’un traitement médiatique et dans l’autre non.

Bertrand Hervieu intervient pour appeler à ne pas créer une spécificité sur l’image des agriculteurs : tous les groupes professionnels ont l’impression d’une image partielle, voire caricaturale. Le livre d’Eric Maurin (La peur du déclassement. Une sociologie des récessions, Paris, Editions du Seuil, 2009, 96 p.) montre qu’il existe une angoisse sociale forte, une peur du déclassement qui a des effets bien plus forts que le déclassement réel. Cela touche le monde agricole, comme d’autres parties de la société.

Questions de la salle et réponses

Outre un retour sur les suicides et ses causes, les questions de la salle se sont surtout orientées sur deux points, la question des aides et de leur rôle dans l’image des agriculteurs et sur la question de la communication des organisations professionnelles et des agriculteurs eux-mêmes dans les medias.

Ainsi, les aides de la PAC sont souvent conçues dans la société comme de l’assistanat, or le traité de Rome en définissait le principe pour permettre des produits alimentaires moins chers pour les Européens. Séverin Husson indique que des explications sont régulièrement données sur la PAC, mais il y a un brouillage du fait de la complexité du système. Bertrand Hervieu ajoute que la pédagogie sur le soutien à l’agriculture n’est pas simple. Dans les premières étapes de la PAC, l’aide ne se voyait pas (le producteur avait un prix garanti). Le système établi en 1992 tient compte des évolutions nécessaires. Il y a aujourd’hui une complexité politique à construire le dispositif d’aide et une complexité politique à en rendre compte. Le besoin d’un dispositif d’aide publique est réel ; sans lui, il y aurait une agriculture sans agriculteurs ; le dispositif permet l’entretien des savoir-faire, etc.

Un journaliste explique qu’en région, deux entrées sont possibles sur l’agriculture, aller assister aux conférences de presse de la Chambre d’agriculture qui en général invite la presse pour parler de ce qui ne va pas ; la réalisation d’articles de fond en contacter des agriculteurs qui ne veulent pas communiquer ou pas sur les sujets pour lesquels les journalistes viennent. De même, la spécialisation de la profession avec une très grande richesse des acronymes ne facilite pas l’accessibilité de l’information.

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