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Rubrique Mise au point scientifique Histoire

ANNA VAN DEN KERCHOVE, Histoire du christianisme, Documentation Photographique, n° 8069, mai-juin 2009.

Le 24 juin 2009 - S.Ducreux

 

Cet opus de la Documentation Photographique vient achever une série sur les monothéismes comprenant une « Histoire de l’islam » (n° 8058) et une « Histoire du judaïsme » (n° 8065).

 

MISE AU POINT SCIENTIFIQUE

 

Remarques suite à ce C.R. :

 

 

- L’auteur a choisi une approche chronologique qui lui permet de faire une place importante au christianisme médiéval (la période contemporaine étant assez peu traitée), parfois au détriment du monde orthodoxe.

 

- Intérêt majeur de cette mise au point : l’auteur montre bien les divisions quasi immédiates des Chrétiens et les difficultés que l’Eglise « primaire » a rencontré pour se structurer au niveau de son organisation (le pape ne prend le rôle qu’on lui connaît aujourd’hui qu’au XIème siècle, la paroisse n’apparaît d’ailleurs qu’à cette époque) mais aussi au niveau du dogme… ce qui a accentué ses divisions.

Introduction :

 

  • Les 1ers documents chrétiens conservés sont les épîtres de Paul (vers les années + 50) et montrent l’expansion des disciples de Jésus (Juifs et païens) autour de la Méditerranée. Ils sont peu à peu surnommé christianoi en référence à Jésus, lui même surnommé « Christ » c’est à dire « oint » en grec, ou « messie » (« oint » en Hébreux, « sauveur » pour certains Juifs).

 

  • Il y a deux Jésus : l’homme historique (Jésus) et celui de la Foi (Christ). Jésus aurait été un prédicateur itinérant, comme beaucoup en Judée à l’époque, professant le respect de la Loi, mais avec une certaine liberté. Après sa mort, la croyance en sa résurrection fait de lui le Christ. Cette croyance est à la base de l’écriture des 4 évangiles écrits entre la fin des années 60 et la fin du Ier siècle ap. J.-C.

 

I- Les débuts du christianisme :

 

  • Les Actes des Apôtres (attribués à un médecin grec appelé Luc, vers +85) montrent une communauté de disciples juifs organisée à Jérusalem après la mort du Christ.
  • Mais cette communauté primitive est divisée en 2 courants :

- Les Hellénistes (Juifs qui avaient vécu hors de Palestine et qui lisaient la Bible en grec) sont chassés de Jérusalem.

- Les Hébreux (Juifs autochtones parlant l’araméen mais lisant la Bible en hébreux) avec Jacques dit « frère de Jésus », assassiné en + 62.

 

 1- Premières missions et séparation avec le judaïsme

 

* Les Hellénistes et Pierre sont les 1ers missionnaires chrétiens itinérants (leurs missions ont été totalement occultées par celles de Paul, dans la Tradition...).

 

* Paul (Saül, un Juif hellénisé) croit que le Salut ne s’accomplit pas par l’oeuvre de la Loi ni par la circoncision mais par la Foi : le message chrétien s’ouvre à tous et passe les cultures.

 

* Ces missions s’appuient sur 2 facteurs :

- Les diasporas juives

- Les réseaux du monde romain

ð Les communautés chrétiennes se développent principalement dans l’Orient romain, dans une moindre mesure en Occident, et de façon très limitée hors de l’Empire.

 

* La séparation avec le judaïsme vient de l’ouverture à la culture grecque et repose aussi sur les croyances en la résurrection et la messianité de Jésus. La séparation est accentuée par les révoltes juives des I-IIèmes siècles (auxquelles les chrétiens ne participent pas). Mais elle est progressive car des communautés judéo-chrétiennes existent encore au IVème siècle. Cependant, à cette époque, le pouvoir romain fait le distinguo entre Juifs et chrétiens.

 

2- Les chrétiens de l’Empire :

 

· Paradoxe des chrétiens : ils professent la soumission à l’Empire mais ils refusent le culte impérial. Ils sont perçus par les Romains comme des marginaux suspects d’à peu près tout (anthropophagie, inceste...) à cause de leurs « superstitions ».

 

· S’ensuivent des pogroms localisés (Lyon et Vienne en + 177 par exemple) et 3 assez courtes périodes de persécutions :

 

 - Dèce : 249-251 - Valérien : 257-258 - Dioclétien : 260-303

 

ð En 311, l’édit de Galère met fin aux persécutions (texte confirmé en 313 en Occident par Licinius et Constantin). Le fameux édit de Milan n’a donc jamais existé.

 

3- « Hérésie » et « orthodoxie »

 

· Dès ses débuts, le christianisme est multiple, du fait de sa proximité avec les cultures juive et grecque : les différences sont importantes d’une communauté à l’autre.

 

· A partir du IIème siècle, il existe une forte volonté d’unité, d’où la construction progressive des notions d’hérésie (déviance par rapport à la « vraie » Foi selon Justin et Irénée) et d’orthodoxie (terme grec signifiant « opinion droite et juste en matière religieuse »). Ceux qui ont une position « orthodoxe » appartiennent à la « Grande Eglise ».

 

· Les Ecritures sont une des raisons de ces divisions : les contradictions entre les Evangiles sont nombreuses, mais aussi les liens avec la Bible juive (la seule en vigueur au IIème siècle, alors que le rejet des écrits juifs est de plus en plus important) posent problème. De plus, les évangiles, surtout sur l’enfance de Jésus prolifèrent.

ð La Grande Eglise définit progressivement un canon après 350 et les écrits mis de côté sont alors dits « apocryphes » (« tenu secret » en grec),… bien que conservés par les moines jusqu’aux Moyen Age.

 

4- Les communautés des 3 premiers siècles :

 

  • Il y a peu de sources sur leur organisation. Elles sont dirigées collégialement par des surveillants (« episcopoi »), des serviteurs (« diakonoi ») et des anciens (« presbytroi ») puis vers l’IIème siècle, la communauté est dirigée par un évêque unique considéré comme successeur des apôtres. La division entre clercs et laïcs apparaît au IIème siècle


Il n’y a alors que très peu de rites :

- Le baptême par immersion pour marquer l’entrée dans la communauté

- Le baptême donne accès l’eucharistie, comprise comme un « sacrifice spirituel »

 

  • Les chrétiens, dès l’origine sont proches des pauvres et des veuves : ils les assistent même s’ils ne sont pas chrétiens dès le IIIème siècle. Après Constantin, les Eglises construisent des bâtiments spécifiques pour les malades et les gens de passage… ce qui permet à l’évêque d’avoir un pouvoir social et politique dans sa cité !
  • 2 écoles s’affrontent au niveau théologique : à Alexandrie, une école prône une exégèse allégorique des textes bibliques, alors qu’à Antioche, c’est la vision littérale qui l’emporte.

 

II- L’affirmation sociale et politique du christianisme

 

1- Querelles christologiques et trinitaires :

 

 

  • IVème et Vème siècles : les questions sur la nature du Christ agitent l’Empire romain :

- Arius (fondateur de l’arianisme) pense que le Christ dépend du Père : il est condamné au concile de Nicée par Constantin en 325. Les 2 sont déclarés de même nature.

- Nestorius penche pour une superposition des natures humaines et divines du Christ. Alors que l’école d’Alexandrie est monophysite (le Christ est juste divin) et que celle d’Antioche est diophysite (2 natures non séparées).

 

  • Face aux troubles (une conception reflète des particularismes locaux), l’empereur tranche car cela affaiblit l’Empire. L’école d’Antioche voit sa conception validée en 451 au concile de Chalcédoine.

 

ð Aujourd’hui, les Coptes sont monophysites tout comme les Arméniens, l’Eglise perse est nestorienne.

 

2- Expansion du christianisme :

 

  • Début du IVème siècle : l’Orient est plus christianisé que l’Occident. Dans cette partie, ce sont les évêques comme Martin de Tours qui évangélisent (parfois même par la destruction de temples païens) principalement les paysans (alors qu’en Orient, ce sont les élites les 1ères touchées).

 

  • La christianisation des barbares se fait en 1er chez ceux qui ont été acceptés dans l’Empire puis s’étend. Beaucoup choisissent le nestorianisme (les Goths), quelques uns la Foi de Nicée (Francs de Clovis). A la fin du VIème siècle, l’évêque de Rome, Grégoire le Grand, est le 1er à envoyer des missions de moines pour évangéliser l’Angleterre. Charlemagne reprendra l’idée en Saxe, les Byzantins en Moravie avec Méthode et Cyrille.

 

  • Le christianisme s’étend vers l’Est et le Nord mais recule en Méditerranée du fait de la poussée musulmane.

 

3- Naissance du monachisme :

 

  • Au cours du IIème siècle en Egypte, le monachisme apparaît, soit solitaire (érémitisme) soit communautaire (cénobitisme) avec Antoine, retiré dans le désert égyptien et Pachôme qui instaure la 1ère règle entre « frère ».

 

  • Au VIème siècle, Benoît de Nursie fonde la monastère du Mont Cassin (Italie) : c’est la 1ère règle « complète » entre le travail, la prière et le repos (synthèse de textes antérieurs). La règle bénédictine devient la règle par excellence, prônant un mode de vie cénobitique, séparé des clercs séculiers et des laïcs.

 

4- Le christianisme se latinise :

 

  • Dès la fin du IIIème siècle, il y avait plusieurs versions latines des deux Testaments : le pape demande à Jérôme de réviser ces traductions en partant du grec et de l’hébreu (pour l’Ancien Testament). Son texte est nouveau donc suspect : il faut attendre le concile de Trente (XVIème) pour qu’elle soit reconnue comme une version « courante » de la Bible (« vulgate » en latin).

5- Rome, Constantinople et les pouvoirs royaux et impériaux

 

  • Les sièges épiscopaux se hiérarchisent peu à peu les évêques métropolitains (plus tard archevêques) se multiplient et 5 patriarcats sont mis en place : Rome, Jérusalem, Antioche, Alexandrie et Constantinople. Le patriarcat de Rome n’a qu’une primauté honorifique. Il devient de plus en plus important vers la fin du IVème siècle et son évêque porte alors le titre de pape (du latin père) en tant que successeur de Pierre.

 

  • En Orient, très fort lien entre le patriarche de Constantinople et l’Empereur. Le patriarche cherche à affirmer sa suprématie sur le pape au nom de l’antériorité du patriarcat de Constantinople. En parallèle, les papes prennent de plus en plus de décisions sans en référer à Constantinople (ex. : alliance avec les Francs).

 

  • L’expansion de l’Islam dès le VIIème siècle entraîne la quasi disparition des chrétiens en Afrique : la notion de chrétienté acquiert une base territoriale. Mais c’est une chrétienté double, latine et grecque, avec des différences rituelles qui augmentent avec le temps.

 

  • En Occident, le pape n’a alors que peu d’influence : avec l’Empire Germanique, les clercs dépendent des laïcs et les papes sont élus parmi les notables romains. Le tournant est à situer au XIème siècle :

 

- En 1054 : excommunication réciproque des légats du pape et du patriarche de Constantinople… Schisme dont personne n’a conscience à l’époque !

 

- En 1059 : c’est la création du collège des cardinaux chargé d’élire le pape pour se défaire de l’influence du temporel sur le spirituel. Cela entraîne la « Querelle des Investitures » entre le pape Grégoire VII et l’Empereur Henri IV qui s’achève en 1122 par la victoire de la papauté : le pape accroît son autorité, instaure des légats dans tous les pays chrétiens et se met à voyager.

 

6- La querelle des images

 

  • En partie sous l’influence juive et musulmane, en Orient se développe un parti iconophobe qui refuse la vénération des images. Au VIIIème siècle, des empereurs byzantins interdisent les images, dont beaucoup sont détruites (iconoclasme = briser les images) avant de les autoriser en 787.

 

7- L’instauration d’un réseau :

 

  • Sous Charlemagne, une géographie épiscopale, avec la généralisation des archi-épiscopes, se met en place. Avec la réforme grégorienne, l’évêque obéit au pape par l’intermédiaire de légats et est élu par le chapitre des chanoines qui l’assistent dans son magistère, mais aussi pour l’enseignement et l’assistance.
  • Les lieux de cultes polarisent la population à partir du Xème siècle : la christianisation de la mort fait que la population se regroupe autour des zones collectives de sépultures appelées « cimetières » (Xème siècle). Le lieu de culte, le cimetière sont associés pour former la « paroisse ». Au XIème, ce processus est complet : le réseau paroissial s’achève, l’Eglise encadre alors la société.

ð Les pratiques minimales sont alors fixées (une confession et communion annuelle à Pâques), les œuvres recommandées… La confession est publique (le confessionnal n’apparaît qu’au XVIème) mais en présence du prêtre qui inflige une pénitence.

 

8- Cluny et les cisterciens, le monachisme oriental :

 

  • Pour éviter le contrôle du monachisme par l’aristocratie laïque, Guillaume III, duc d’Aquitaine fonde Cluny en 910 et la place sous l’autorité directe du pape. Cluny devient un foyer réformateur avec tout un réseau d’abbaye et de prieurés (apogée des « moines noirs » au XIIème siècle).

 

  • En réaction, fondation de l’ordre de Cîteaux par Robert de Molesme en 1115 qui veut revenir à la règle bénédictine originelle : vie à l’écart, en autarcie, vœu de pauvreté perpétuelle… Cette volonté de retour à la perfection de l’Eglise des apôtres contribue à faire éclore également l’ordre des Chartreux.

 

  • En Orient, la notion d’ordre monastique n’existe pas : les moines sont soit des ermites, soit vivant en communauté réglementée, soit dans des villages monastiques (les « laures »). Au IXème, le monastère du Mont Athos est créé, et devient rapidement un centre majeur de la vie religieuse orientale.

 

9- Spiritualité laïque et contestations :

 

  • Les laïcs cherchent un contact direct avec Dieu, sans passer par le cadre paroissial. La prière, les pèlerinages, le culte des saints (qui retrouve une nouvelle jeunesse avec les reliques ramenées des croisades)… se développent.

 

  • Les laïcs cherchent à atteindre la perfection par le travail et la pénitence (association de la charité à la souffrance physique) : aux XI-XIIèmes siècles, les guildes éclosent de façon spontanée ; les confréries se multiplient (les béguines en Europe rhénane).

 

  • Début XIème : les mouvements dissidents se multiplient au nom d’une Eglise pauvre et sans pouvoirs. Fin XIème, c’est la question de la perfection qui trouble la donne :

 

- les « bons hommes » (cathares) : rejettent le monde visible donc l’Incarnation et la Rédemption. La Croisade contre les Albigeois (1209-1229) voit l’apparition d’une nouvelle institution ecclésiastique, l’Inquisition pour lutter contre les « hérésies ».

 

- les « pauvres de Lyon » (Vaudois en référence à Pierre Valdès, leur fondateur) sont attestés de 1200 vers 1400 et visent une vie évangélique

 

10- Les ordres mendiants :

 

  • Les frères « mineurs » (franciscains) et « prêcheurs » (dominicains) apparaissent au XIIème siècle. Leur nouveauté : ils prônent la pauvreté personnelle mais surtout collective !

 

  • Prêcheurs itinérants, surtout urbains ils incitent à la conversion (jusque chez les Mongols) et se rattachent directement au pape (d’où les conflits avec le clergé séculier)

 

11- Théologie et savoirs : la naissance des universités

 

  • Au XIIème siècle, le renouveau des villes favorise la construction de cathédrales et le remplacement des écoles monastiques par des écoles urbaines. Les connaissances augmentent (œuvres grecques et latines par le biais des traductions arabes) avec entre autre, la redécouverte d’Aristote.
  • Au tournant du XIIème siècle, les universités apparaissent avec un statut corporatif. Ces structures sont très autonomes par rapport au pouvoir séculier et ecclésiastique. La théologie, jusque là monastique (centrée sur le commentaire des Ecritures), devient scolastique (centrée sur le rapport entre foi et raison). L’université de théologie de Paris devient la plus importante de la chrétienté et attire des maîtres comme Thomas d’Aquin (dominicain).

 

12- Les crises des XIV-XVèmes siècles :

 

  • En 1309, Clément V déplace la papauté à Avignon avant que le pape ne retourne à Rome en 1377.

 

  • En 1378, la Chrétienté se divise en 2 avec l’élection de 2 papes (la première élection est dénoncée mais le 1er pape refuse de se retirer) : c’est la « Grand Schisme » avec 2 capitales : Avignon et Rome. Le schisme prend fin en 1418 avec un nouveau pape mais cela marque la naissance des Eglises nationales (en France, naissance du gallicanisme).

 

  • Ces périodes troublées sont aussi des temps de piété renouvelée chez les laïcs qui s’impliquent plus dans la vie religieuse : processions, confréries, œuvres… Le mysticisme se développe surtout chez les femmes. Ainsi, la devotio modernae en Hollande propose une spiritualité accessible, simple, centrée sur l’imitation du Christ. De plus une sainteté locale émerge, preuve de la difficulté de la papauté à imposer sa discipline.

 

  • De nouvelles dissidences font jour :

- John Wyclif au XIVème, traduit la Bible en anglais

- Jean Hus (XIVème-XVème) : prêche en tchèque

ð Leurs idées prennent un caractère national et l’exécution de Hus conduit la Bohême à la révolte. Echec de la répression : l’Eglise concède la lecture du Nouveau testament en tchèque.

 

III- Les temps modernes :

 

1- Un monde orthodoxe divisé :

 

  • Dès le XIIème, avec la pression turque, l’Empire byzantin s’affaiblit et devient quasiment balkanique : les Eglises orientales deviennent indépendantes, autocéphales. Et en 1439, au concile de Florence, l’empereur et le patriarche acceptent une réconciliation des 2 Eglises. Mais Constantinople tombe en 1453.

 

  • Parallèlement, à Moscou, l’Eglise russe proclame son autocéphalie en 1448 et le tsar obtient la création d’un patriarcat moscovite en 1591 (la « troisième Rome »). Le spirituel est alors soumis au temporel : en 1721, il remplace le patriarche par une assemblée ecclésiastique, le Saint-Synode présidé par un laïc, désigné par le tsar.

 

  • Dans les territoires catholiques d’Europe de l’Est, les minorités orthodoxes sont courtisées pour être converties : contre l’adhésion à la foi romaine, les Eglises uniates conservent la liberté des usages et des rites (mariage des prêtres…).

 

2- Les réformes protestantes

Causes multiples :

 - religieuses : le problème de la grâce (qui remonte à St Augustin), du Salut de l’âme

 - techniques : invention de l’imprimerie

 - politiques : elles offrent un cadre à l’émergence de consciences nationales

- intellectuelles : elles entrent dans le débat humaniste sur le retour aux sources

Luther ((1483-1546) : en 1517, il appelle dans ses 95 thèses à un rapport nouveau de l’Homme à Dieu, sans intermédiaire (saint ou clerc). 3 bases :

 - Le Salut par la grâce seule (pas d’œuvres, d’indulgences…)

 - Lecture littérale de la Bible

 - Sacerdoce universel (pas de clergé)

ð 2 seuls sacrements (baptême et Cène (eucharistie)) et Bible traduite en langue vulgaire pour une accessibilité de tous.

ð Soutenue par la noblesse intermédiaire qui « proteste » contre l’empereur (d’où le nom de protestants), la Réforme entraîne la création de plusieurs Eglises, selon le contexte géopolitique. En 1555, le principe du cujus regio, ejus religio (tel prince, telle religion) est adopté.

La réforme luthérienne s’étend dans le Nord de l’Europe et en Suisse avec Zwingli. En France, la génération suivante voit Jean Calvin (1509-1564) qui insiste, de Genève, sur la double prédestination ; les élus sont destinés à la vie éternelle, les autres à la damnation. En Angleterre, l’Acte de Suprématie de 1534 fait du roi Henri VIII le chef de l’Eglise. Son successeur, Edouard VI « protestantise » le pays tandis qu’Elisabeth Ière, la génération suivante, instaure une Eglise anglicane entre protestantisme et catholicisme (fin XVIème).

De façon plus radicale, certains groupes rompent avec le pouvoir politique en ne se concentrant que sur la foi seule, comme les anabaptistes. Thomas Müntzer dans le l’Empire Germanique prêche une violence apocalyptique pour réformer la société (il sera exécuté).

 

3- La réforme catholique (terme à préférer à « Contre-Réforme »

 

  • Fortes réactions de la papauté face à ces réformes protestantes

- Les inquisitions sont centralisées dans un cadre national en Espagne et en Italie

- Le concile de Trente (1545-1563) donne naissance au catholicisme : 7 sacrements, Ecritures et Tradition comme source de la croyance, Culte de la Vierge, distinction entre clercs et laïcs.

- Entre 1534 et 1540, Ignace de Loyola crée la Compagnie de Jésus : encadrement militaire, formation intellectuelle poussée, pratique spirituelle exigeante, les Jésuites sont l’instrument du renouveau catholique.

 

  • 8 guerres de religion en France entre 1562 et 1598, date de l’Edit de Nantes d’Henri IV. Le pays reste catholique mais les protestants ont la liberté de conscience. Dans l’Empire Germanique, les hostilités reprennent entre protestants et catholiques en 1618 ce qui déclenche la Guerre de Trente ans.

 

4- De la critique biblique aux Lumières :

 

  • Les questions religieuses font objets de débat où raison et connaissances interviennent (grâce aux progrès de la philologie, de l’archéologie…) : une prise de distance historique est réalisée sur la Bible (d’autant que Galilée confirme l’héliocentrisme de Copernic).

 

  • De ce fait, beaucoup de penseurs sont accusés d’athéisme par l’Eglise mais c’est un phénomène encore individuel, propre à quelques « libertins érudits » ;

 

  • Les philosophes s’intéressent à la relation entre Eglise et Etat. Locke penche pour un Etat tolérant, Pierre Bayle pour un Etat fort respectueux de la liberté de conscience. Au XVIIIème, Leibniz et Kant s’affranchissent de la tutelle théologique. Les Lumières sont critiques envers la religion mais elles considèrent qu’il n’y a pas de morale sans religion (importance du déisme pour les philosophes)

 

IV- Les temps contemporains

 

1- Vers la sécularisation :

 

  • Dans les années 1780, la France de Louis XVI et l’Autriche de Joseph II accordent des actes de tolérance civile.

 

  • La période révolutionnaire française :

- proclame la liberté d’opinion (DDHC)

- réorganise l’Eglise nationale dans une optique gallicane

- crée une crise religieuse avec la Constitution Civile du Clergé (1791) qui se mue en déchristianisation (suppression des références chrétiennes dans la société).

ð Napoléon met fin à cette politique : Concordat en 1801 et articles organiques de 1802 reconnaissent la liberté de culte et financent les « cultes reconnus »

 

  • La France divisée en 2 se poursuit au XIXème siècle : les monarchistes sont catholiques et les républicains globalement anticatholiques. Les républicains intransigeants gagnent en 1870 : le libéralisme et l’anticléricalisme convergent avec comme enjeu principal, l’école. La séparation de 1905 s’inspire du Bill of Rights américain de 1791.

 

  • Le XIXème est caractérisé aussi par le développement de l’industrialisation qui transforme la société :

- L’exode rural fragilise le cadre de la paroisse tandis que des idéologies séculières (socialisme…) se développent.

ð L’Eglise catholique opte une position intransigeante : l’encyclique Quanta cura (1864) condamne le libéralisme et le socialisme ; en 1870, dogme de l’infaillibilité pontificale (Vatican I)

 

 - La « question sociale » s’impose aux catholiques mais aussi aux protestants avec des 2 côtés, un christianisme social : Rerum Novarum pour les catholiques en 1891 (l’Eglise peut aider à une société plus juste) et les YMCA (Young Men Christian Associations) en 1844 côté protestant.

 

  • Au XIXème siècle, le développement des sciences fragilise aussi la religion (Darwin). L’histoire entre dans le champ de la Bible (d’abord côté protestant). Mais pourtant, le XIXème est un siècle de fort dynamisme religieux :

- Création de nouveaux diocèses

- Importance nouvelle du curé qui est valorisé (ex. : le curé d’Ars)

- Multiplication des missions (érections de croix…)

- Multiplication des congrégations laïques,

- Dévotion au Sacré Cœur, culte marial (pèlerinage de Lourdes…) et des saints…

 

2- Face aux idéologies du XXème siècle :

 

  • Face aux totalitarismes, les chrétiens sont divisés : en 1937, Pie XI condamne le communisme et le national-socialisme mais est favorable au franquisme. Pie XII se voit reprocher son silence sur le sort de Juifs pensant la guerre.

 

  • Division également face à l’apartheid qui s’enracine dans le calvinisme (l’aspect prédestination) mais aussi dans la colonisation ou face aux dictatures d’Amérique Latine ou encore face à la ségrégation aux Etats-Unis (penser à Martin Luther King).

 

  • Dans le monde orthodoxe, le XIXème a vu la reconnaissance de l’autocéphalie de nombreuses Eglises nationales (grecque, serbe…) ce qui contribue à augmenter le nombre de patriarcats (Moscou, Belgrade, Sofia, Bucarest). Mais ces Eglises ne sont pas réellement séparées des Etats. Dans la Russie actuelle, l’orthodoxie a le statut de religion traditionnelle du pays (comme l’islam).

 

3- Vatican II et ses conséquences ;

 

* Jean XXIII décide de ce concile qui dure de 1962 à 1965 (Vatican I avait été suspendu sine die en 1870 suite à la prise de Rome). On objectif est la mise à jour de l’Eglise catholique avec :

 - La décision d’une ouverture au monde

 - La messe en langue nationale avec participation des fidèles

 - L’ouverture œcuménique

 - La collégialité dans l’Eglise (retour des synodes d’évêques)

ð Rajeunissement du visage de l’Eglise mais maintien des positions traditionnelles comme sur la place des femmes dans l’Eglise…

 

Conclusion :

 

  • En Europe, le processus de sécularisation est massif ; les croyances se recomposent au détriment des dogmes, la pratique chute, la foi se privatise. La France est un des pays les plus sécularisés (mais des pays comme la Grèce ou l’Italie ne sont pas épargnés).

ð Les religions nouvelles (évangélistes, Eglises ethniques) en profitent.

L’Europe Centrale connaît une nouvelle vigueur religieuse, aussi bien catholique qu’orthodoxe, mais le développement du christianisme est aujourd’hui plus tourné vers l’Amérique du Sud, l’Afrique et l’Asie.

 

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