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La guerre juive

Une entrée pour l’étude du judaïsme

jeudi 3 décembre 2009, par O.Lacaille d’Esse

La guerre qui oppose les Romains aux Juifs au Ier siècle de notre ère est assez bien documentée. En guise d’"entrée" pour l’étude du judaïsme, elle permet d’utiliser des sources latines et archéologiques et d’éviter de recourir, comme point de départ, aux textes bibliques.

Une entrée possible pour « les débuts du judaïsme »

 

La première guerre juive (66 – 73 ap. J.C.)

 

 

Une entrée différente

 

Différente de la démarche proposée dans le programme (« l’étude commence par la contextualisation de l’écriture de la Bible avec l’impérialisme des empires mésopotamiens, le roi Josias et l’exil à Babylone »), cette entrée tient compte de la nouvelle programmation ; en effet, les « débuts du judaïsme » trouvent place, non plus avant, mais après l’étude de Rome ce qui permet d’exploiter les acquis des élèves sur le sujet (Empire romain, religion romaine). Cette entrée respecte toutefois les autres démarches du programme ainsi que les objectifs de connaissances et de capacités, tout en redonnant sa place au récit du professeur. Enfin, elle évite d’utiliser, dans une première approche, les textes bibliques au profit de sources diverses, plus fiables historiquement

 

 

Les documents (susceptibles d’être utilisés)

 

- Les sources écrites

 

Suétone (historien latin, v.69 – v.126), Vies des douze Césars (quelques informations fournies sur la première guerre juive dans la vie de Vespasien et dans celle de Titus. Surtout intéressant pour la prédiction de caractère messianique*)

* voir « choix de textes » ci-dessous

 

Tacite (historien latin, v.55 – v.120), Histoires, Livre V (qui décrit la guerre mais aussi la Judée, Jérusalem, et émaille son récit de quelques considérations sur la religion juive et ses pratiques : interdits alimentaires, sacrifices, temple de Jérusalem, repos de Shabbat, circoncision, absence de représentations, prédiction de caractère messianique ; il s’agit là du point de vue romain, très critique)

 

Flavius Josèphe (général et historien juif rallié aux Romains pendant la première guerre juive, v.37 – v.100), La Guerre des Juifs, Antiquités judaïques, Contre Apion (témoin direct de l’événement, il présente la guerre juive comme un châtiment divin dans la Guerre des Juifs, entreprend de faire connaître les traditions de son peuple dans ses Antiquités judaïques auxquelles il ajoute en appendice son autobiographie, et défend les valeurs du judaïsme dans Contre Apion)

 

On peut se procurer les deux premiers ouvrages en collection de poche (Folio classique par exemple) ; une bonne anthologie des œuvres de Flavius Josèphe est disponible aux éditions du Cerf, Flavius Josèphe, un témoin juif de la Palestine au temps des apôtres, supplément au « Cahier Evangile » n° 36, 1998.

 

- Les sources archéologiques

 

La forteresse de Massada (qui domine la mer Morte)

Le mur des Lamentations

Un bas-relief de l’arc de Titus à Rome qui présente le pillage du temple de Jérusalem

Des monnaies de l’époque de Vespasien sur lesquelles on peut lire « Judea capta »

 

- Autres documents possibles pour cette entrée

 

Carte de l’Empire romain avec la province de Judée

Carte de la diaspora

Reconstitution du temple de Jérusalem (à l’époque de la guerre juive)

 

 

Déroulement de la séquence

 

Ce déroulement reprend le découpage proposé par M. Durand lors du stage, à Chalon-sur-Saône, sur les « nouveaux programmes de sixième » du 18 mai 2009 en y intégrant l’entrée proposée ci-dessus.

 

- Première heure : la contextualisation de l’écriture de la Bible

 

  • En s’aidant d’une carte de l’Empire romain où figure la province de Judée (et, éventuellement, d’une photo de la forteresse de Massada), l’enseignant fait le récit de la première guerre juive (révolte à l’époque de Néron, rôle de Vespasien, prise et destruction de Jérusalem par Titus, résistance de Massada). Il en profite pour localiser la région et Jérusalem.
  • Cette entrée permet d’évoquer la situation du peuple juif à cette époque : un peuple placé sous une domination étrangère qui est mal vécue.
  • Par comparaison (et retour en arrière chronologique), l’enseignant montre que cette domination n’est pas nouvelle et dure depuis plusieurs siècles (Assyriens, Babyloniens, Perses, Grecs) ; il peut alors contextualiser l’écriture de la Bible selon les consignes du programme.

 

- Deuxième heure : Les croyances et pratiques du judaïsme

 

  • A partir de deux textes de Tacite et Suétone sur la première guerre juive, l’élève liste les différences entre le judaïsme et la religion romaine ; ces différences portent sur les croyances, les pratiques, les lieux de culte
  • Un autre texte de Flavius Josèphe (dans Contre Apion), qui est à la fois acteur (il commande la place forte de Jotapata en 67) et témoin de la première guerre juive, permet de remonter à l’origine de ces différences : la Torah
  • Cette approche conduit directement à l’étude de la Bible conformément aux consignes du programme.

 

- Troisième heure : La diaspora et le judaïsme rabbinique

 

  • Le bas-relief de l’arc de Titus et le mur des Lamentations servent de supports documentaires pour introduire la notion de diaspora (éventuellement reliée aux événements antérieurs).
  • Une carte de la diaspora permet de localiser le phénomène…
  • … et débouche, conformément au programme, sur l’évocation du judaïsme rabbinique (et ses différences avec le judaïsme antique)

 

 

 

Un choix de textes

 

« Tout l’Orient croyait, d’après une tradition ancienne et constante, que les destins réservaient l’empire du monde à des maîtres venus de Judée à cette époque. S’appliquant à eux-mêmes cette prédiction […], les Juifs se révoltèrent, mirent à mort leur procurateur* […] »

* Gessius Florus

Suétone, Vies des douze Césars

 

« Ils (les Juifs) immolent le bélier et ils sacrifient aussi le bœuf […]. Ils s’abstiennent de porc en mémoire du fléau de la lèpre dont leurs corps avaient jadis été souillés et à laquelle cet animal est sujet […]. Comme jour de repos, ils ont choisi, dit-on, le septième, parce qu’il leur apporta la fin de leurs peines […]. Ces rites, de quelque façon qu’ils aient été introduits, peuvent se justifier par leur antiquité […]. Pour eux, c’est une profanation de faire les images des dieux avec des matériaux périssables et à la ressemblance de l’homme ; l’être suprême est à leurs yeux éternel, inimitable, impossible à détruire. Donc ils n’en ont aucune représentation dans leurs villes, encore moins dans leurs temples ils refusent cette adulation à leurs rois, cet honneur aux Césars. »

 Tacite, Histoires

 

« Notre législateur […] n’a point […] souffert que le texte de la Loi fut sans effet ; à commencer par la première éducation et la vie domestique de chacun, il n’a rien laissé, pas même le moindre détail à l’initiative et à la fantaisie des assujettis ; même les mets dont il faut s’abstenir ou qu’on peut manger, les personnes qu’on peut admettre à partager notre vie, l’application au travail et inversement au repos, il a lui-même délimité et réglé tout cela pour eux par sa Loi, afin que vivant sous elle comme soumis à un père et à un maître, nous ne péchions en rien ni volontairement ni par ignorance. Car il n’a pas non plus laissé l’excuse de l’ignorance ; il a proclamé la Loi l’enseignement le plus beau et le plus nécessaire […] il a ordonné que chaque semaine, abandonnant tous les autres travaux, on se réunît pour écouter la Loi et l’apprendre par cœur. »

 Flavius Josèphe, Contre Apion

 

 

Odile Lacaille d’Esse (collège Victor Hugo de Lugny)