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Les artistes dénoncent la guerre

Une entrée : Les quatre caporaux de Souain

jeudi 3 décembre 2009, par O.Lacaille d’Esse

Volontiers engagés, les artistes du XX siècle n’hésitent pas à traduire, dans leurs oeuvres, les inquiétudes et les interrogations de leur époque. L’histoire tragique des caporaux de Souain a inspiré plusieurs d’entre eux. Elle peut servir d’entrée pour étudier la dénonciation de la guerre dans les arts.

 

 

Une entrée pour l’histoire des arts en classe de troisième

Les quatre caporaux de Souain

(Odile Lacaille d’Esse, professeur au collège Victor Hugo de Lugny)

 

Une période historique

Le vingtième siècle et notre époque

 

Programme d’histoire : La Première Guerre mondiale et ses conséquences

- Les grandes phases militaires du conflit

- Les souffrances des soldats au front

- Le bilan de la guerre

 

 

Une thématique

« Arts, Etats et pouvoir »

(Œuvres conçues en opposition, œuvres engagées, contestatrices)

 

 

Une problématique

 Comment l’art traduit-il les inquiétudes de la période contemporaine ?

 

Une « sous-problématique »

Comment l’art dénonce-t-il la guerre ?

 

Une entrée (pédagogie inductive)

L’histoire des quatre caporaux de Souain

A Souain (Marne), le 10 mars 1915, les soldats de la 21e Compagnie du 336e Régiment d’infanterie refusent de se lancer à l’assaut des tranchées ennemies. Le général réclame des sanctions. 6 caporaux et 18 soldats sont déférés devant le conseil de guerre réuni à Suippes. Ce dernier condamne à mort 4 caporaux, tous originaires de la Manche : Louis Girard, Lucien Lechat, Louis Lefoulon et Théophile Maupas. Ils sont « fusillés pour l’exemple » à Suippes le 17 mars. En 1934, la Cour spéciale de justice militaire prononce la réhabilitation de ces 4 caporaux.

Cet épisode tragique de la Première guerre mondiale a été une source d’inspiration pour plusieurs artistes. Il peut servir de point de départ à l’étude de la dénonciation de la guerre.

 

Objectifs transversaux de compétences et connaissances

- S’approprier un environnement informatique pour s’informer et se documenter

- Manifester de la curiosité et prendre des initiatives

- Faire preuve d’autonomie

- Repérer des informations dans différents types de documents et pratiquer des mises en relation.

- Lire différents « langages » artistiques

- Acquérir des repères en histoire des arts

- Enrichir son vocabulaire

- Développer un esprit critique

- Rendre compte d’un travail individuel ou collectif

S’ajoutent, bien évidemment,  à cette liste des objectifs disciplinaires.

 

 

Un thème pour les artistes

 

 

Deux monuments commémoratifs

(à Sartilly et Suippes)

 

Le monument commémoratif de Sartilly (Manche), à la mémoire des 4 caporaux de Souain, a été érigé près de la tombe du caporal Maupas en 1925. Il est l’œuvre du sculpteur Paul Moreau-Vauthier.

En 2004, le conseil municipal de Suippes (Marne), commune où a siégé le conseil de guerre, décide, à son tour, d’ériger un monument à la mémoire des quatre caporaux ; il est inauguré le 1er décembre 2007.

 

 

 

 

 

Mise en perspective

Les monuments aux morts pacifistes

Au regard des nombreux exemples de réalisations glorifiant le courage des « poilus », les monuments pacifistes sont plutôt rares en France (une vingtaine au total). Certains toutefois expriment les souffrances liées à la guerre et condamnent, de manière plus ou moins explicite, cette dernière. Trois d’entre eux affichent même clairement leur opposition en proclamant : « maudite soit la guerre ». On peut étudier, par exemple, ceux de Strasbourg, d’Equeurdreville (Manche) ou de Primelin (Finistère).

 

 

 

Un livre

Les Sentiers de la gloire, Humphrey Cobb

 

Soldat dans l’armée canadienne pendant la Première Guerre mondiale, Humphrey Cobb est un écrivain américain qui n’a écrit qu’un seul livre paru en 1935 : Paths of Glory (Les Sentiers de la gloire). Inspiré de l’histoire des 4 caporaux de Souain, cet ouvrage est rapidement devenu un best-seller aux Etats-Unis avant d’être traduit en français. Il a été adapté au cinéma par Stanley Kubrick.

 

L’action se situe en 1917 dans l’armée française et montre un officier qui, en tentant de sauver trois de ses hommes, se trouve confronté à sa hiérarchie, représentée par un haut commandement totalement déshumanisé

Mise en perspective

Des écrivains contre la guerre

Si certains écrivains, comme Maurice Barrès dans sa Chronique de la Grande Guerre, font preuve d’un patriotisme sans faille, d’autres se veulent plus critiques. C’est le cas, par exemple, d’Henri Barbusse (Le Feu), de Roland Dorgelès (Les Croix de bois), d’Erich Maria Remarque (A l’ouest rien de nouveau) ou encore de Louis-Ferdinand Céline (Voyage au bout de la nuit).

 

 

 

Un film

Les Sentiers de la gloire, Stanley Kubrick

 

Film américain, en noir et blanc, de Stanley Kubrick, Paths of Glory (1957) se déroule en 1917 lors de la « guerre de position ». Il s’inspire du best seller de Humphrey Cobb publié en 1935.

A la suite d’une offensive décidée par l’état-major français et vouée à l’échec, le 701e régiment du colonel Dax doit se replier. Il est traduit pour « lâcheté » devant le conseil de guerre et trois hommes, tirés au sort, sont exécutés pour l’exemple.

Ce film, qui dénonce clairement la guerre, se réfère à des faits réels, en particulier l’histoire des 4 caporaux de Souain. Il ne sortira en France que 18 ans après sa réalisation, en 1975.

Diffusé le 11 novembre 2009, le téléfilm de Parick Jamain, Blanche Maupas, relate, quant à lui, le combat de la veuve d’un des caporaux pour obtenir la réhabilitation de son mari.

 

 

Mise en perspective

La dénonciation de la guerre par l’image

Le cinéma a abondamment exploité le thème de la Première Guerre mondiale. Du patriotisme des films muets, il a progressivement évolué vers la dénonciation (Jean Renoir, La Grande illusion, Jean-Pierre Jeunet, Un long dimanche de fiancailles…)

Les peintres et dessinateurs se sont engagés très tôt dans la même voie à l’instar d’Otto Dix qui grave, en 1924, La Guerre, une série de cinquante eaux-fortes d’une très forte intensité dramatique. Plus récemment, Jacques Tardi a traduit, avec beaucoup de réalisme, l’horreur vécue au quotidien par le Poilu dans C’était la guerre des tranchées (bande dessinée).

 

 

 

 

 

La démarche

 

Découverte du contexte

 

Une recherche en salle TICE ou à la maison permet de situer le contexte dans lequel se déroule cet épisode tragique de la Grande Guerre (le lieu : sur le front dans la Marne / la situation militaire : la « guerre de position » / l’explication : l’inutilité des assauts / La notion : « condamnés à mort pour l’exemple ».)

Enseignants concernés : professeurs d’histoire

 

 

Etude des œuvres d’art

 

En partant des deux monuments, du livre et du film, directement liés à l’histoire des caporaux de Souain, une mise en perspective permet d’introduire de nombreuses œuvres qui dénoncent la Première Guerre mondiale, mais aussi d’autres conflits (par exemple la guerre d’Espagne avec Picasso ou la Guerre froide avec le mur de Berlin).

L’étude de ces œuvres est l’occasion d’aborder les différents procédés – visuels ou d’écriture – utilisés par les artistes dans le cadre de leur engagement pacifiste.

Enseignants concernés : Professeurs d’histoire, de lettres, de LV, d’arts plastiques…

 

 

Production 1

Réalisation d’une typologie

 

On peut alors se poser la question de savoir quels aspects (et conséquences) de la guerre dénoncent les artistes et proposer aux élèves de réaliser une typologie incluant des exemples pris dans les œuvres étudiées.

 

 

Les sacrifices humains

 

Les souffrances physiques

 

Le traumatisme moral

Le développement des « mauvais instincts » (égoïsme, cruauté…)

 

L’absurdité du conflit

 

 

Les destructions matérielles

 

Les malheurs des civils à l’arrière

 

L’attitude des états-majors

 

 

 

Enseignants concernés : les mêmes + (éventuellement) le professeur de technologie pour un diaporama Open office ou Power point de la typologie.

 

 

Production 2

Dossier sur des artistes engagés en faveur de la guerre

 

Pour mieux comprendre le concept d’art engagé, il convient d’aborder les deux types d’attitude : « contre » mais aussi « pour ». Pour prolonger la réflexion, en s’éloignant un peu de la problématique initiale, on peut demander à l’élève de constituer un dossier avec des œuvres d’artistes présentant la guerre de manière positive.

 

 

Evaluation

 

L’élève présente sa production. Il est ensuite interrogé sur deux œuvres d’art (non étudiées auparavant) illustrant, de manière favorable et défavorable, la guerre. On lui demande :

- De replacer les œuvres dans leur contexte historique

- De présenter éventuellement les artistes (s’il les connaît)

- De préciser, en argumentant, l’engagement de chacune des œuvres (« pour » ou « contre »)

- D’évoquer un ou plusieurs procédés mis en œuvre par les artistes pour traduire leur engagement

- D’établir des rapprochements avec une œuvre déjà étudiée

Cette évaluation s’effectue à l’aide d’une grille précisant clairement les capacités et connaissances attendues. Elle peut concerner l’élève individuellement ou un groupe d’élèves (maximum trois pour que chacun puisse s’exprimer au moins 5 minutes).