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Les artistes se font patriotes

Une entrée : la libération de Paris (août 1944)

dimanche 21 mars 2010, par O.Lacaille d’Esse

Après avoir étudié, dans la première partie de la problématique, la dénonciation de la guerre, ce second volet est consacré aux artistes qui se font patriotes en soutenant la cause des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. L’entrée dans le sujet s’effectue par le biais de la libération de Paris en août 1944

Une entrée pour l’histoire des arts en classe de troisième

Seconde partie

La libération de Paris (19 - 25 août 1944)

(Odile Lacaille d’Esse, professeur au collège Victor Hugo de Lugny)

 

 

Une période historique

Le vingtième siècle et notre époque

 

Programme d’histoire : La Seconde Guerre mondiale

- Les phases militaires de la guerre

- Rôle de la France libre et de la Résistance

 

 

Une thématique

"Arts, Etats et pouvoir"

(œuvres d’art et pouvoir, œuvres d’art et mémoire, art engagé)

 

 

Une problématique

Quelle est l’attitude des artistes face à la guerre ?

 

 

Seconde partie de la problématique

Les artistes se font patriotes

 

 

Une entrée

La libération de Paris (19 au 25 août 1944)

 

Soumis à l’occupation allemande depuis le 14 juin 1940, les Parisiens reprennent espoir après le débarquement allié. Des manifestations, puis des grèves, précèdent l’insurrection qui débute le 19 août. Occupation des bâtiments publics, mise en place de barricades et combats de rue témoignent de la volonté populaire de participer à la libération. Le 22 août, les Américains donnent l’ordre au général Leclerc de foncer sur Paris. Dirigé par le capitaine Dronne, un premier détachement français parvient à l’Hôtel de Ville le 24 au soir. Le 25, la deuxième DB, accompagnée de la 4e division US, investit la capitale : le général von Choltitz, gouverneur militaire du Gross Paris, signe la capitulation. Le lendemain, un défilé triomphal sur les Champs-Elysées permet à de Gaulle d’asseoir son autorité.

 

 

Objectifs transversaux de compétences et connaissances

 

- S’approprier un environnement informatique pour s’informer et se documenter (utiliser un SIG).

- Manifester de la curiosité et prendre des initiatives

- Faire preuve d’autonomie

- Repérer des informations dans divers types de documents et pratiquer des mises en relation

- Lire différents "langages" artistiques

- Acquérir des repères en histoire des arts

- Enrichir son vocabulaire

- Développer son esprit critique

- Rendre compte d’un travail individuel et collectif

S’ajoutent, bien évidemment, à cette liste des objectifs disciplinaires.

 

 

Un thème pour les artistes

 

Une empreinte dans l’urbanisme parisien

 

Les acteurs de la libération ont été mis à l’honneur dans Paris. Un axe important de la porte d’Orléans jusqu’à la place Denfert-Rochereau rappelle leur entrée dans la capitale. Au sud (près de la porte d’Orléans), la place du 25 août 1944 s’orne d’une statue imposante du général Leclerc de Hautecloque qu’accompagne, au sol, le texte en lettres dorées du serment de Koufra. Cet espace commémoratif se prolonge par la longue avenue du Général Leclerc qui traverse la place Basch, dédiée à deux héros de la Résistance exécutés par la Milice, et débouche (au niveau de la place Denfert-Rochereau) sur l’avenue du Colonel Rol-Tanguy, chef des FFI de Paris et instigateur de l’insurrection du 19 août.

Au-dessus de la gare Montparnasse, QG de Leclerc, les allées du Jardin Atlantique portent des noms évocateurs : allée du Capitaine Dronne (premier officier français entré dans Paris le 24 août au soir), de la Deuxième DB, du Chef d’escadron de Guillebon (chef d’état-major du général Leclerc, auteur du texte de la reddition signée par le général von Choltitz le 25 août). Elles conduisent au Mémorial du Maréchal Leclerc de Hautecloque et de la Libération de Paris, un musée très riche en documents d’époque, également consacré à l’action de Jean Moulin.

Enfin, sur les Champs-Elysées, une monumentale statue du général de Gaulle rappelle le défilé du 26 août. Sur son socle, on peut lire les mots restés célèbres prononcés à l’Hôtel de Ville au soir du 25 août : « Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré ».

Quelques exemples parmi d’autres...

Un événement magnifié par l’art : les photos de la libération

 

Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson, Robert Capa..., des photographes prestigieux ont mis leur talent au service de l’événement, magnifiant la libération de Paris par des clichés admirables. Certains toutefois ne se présentent pas comme des artistes engagés. Ainsi Robert Doisneau prétend-il : "Si l’on veut, j’étais là par hasard. Tous ces grands événements historiques, je les ai traversés dans l’inconscience enfantine. L’Histoire avec un grand H, je ne sais pas ce que c’est" (dans Robert Doisneau, du métier à l’oeuvre, catalogue de l’exposition "Robert Doisneau, du métier à l’oeuvre", fondation Henri Cartier-Bresson, Paris, 13 janvier - 18 avril 2010).

En revanche, Robert Capa, photographe de guerre, agit en militant et embrasse nettement la cause des Alliés. Il accompagne d’ailleurs les forces blindées américaines depuis la Normandie jusque dans la banlieue parisienne avant de se joindre, le 25 août, à la 2e DB ; dans un ouvrage publié en 1947 (Slightly out of focus, Robert Capa, 1947), il manifeste ouvertement son enthousiasme : "Le 24 août, les Français bichonnèrent leurs tanks et se mirent en route. Dans la nuit du 25, on campa sous un poteau indiquant : PORTE D’ORLEANS - 6KM. De toute ma vie, je ne dormirai plus jamais près d’un si beau poteau. Le soleil avait hâte de se lever ce matin-là [...]. Le jour de la libération de Paris fut le plus inoubliable du monde."

 

 

Un livre, un film : Paris brûle-t-il ?

 

Lu par des millions de personnes, traduit dans des dizaines de langues, le livre de Dominique Lapierre et Larry Collins, Paris brûle-t-il ?, est un véritable best-seller international dans les années 1960. Fondé sur de longues recherches, d’innombrables témoignages et une documentation précise, ce récit détaille les journées historiques du 19 au 26 août 1944. Son titre - une phrase attribuée à Hitler mais que celui-ci n’a, en fait, jamais prononcée - fait référence à l’ordre donné par le Führer au général von Choltitz de réduire Paris "en un monceau de ruines" avant l’arrivée des Alliés.

En 1966, sort au cinéma une co-production franco-américaine, en noir et blanc, adaptée du livre homonyme de Lapierre et Collins et réalisée par René Clément. Une pléiade d’acteurs prestigieux incarne les héros de la Résistance (Claude Rich pour le général Leclerc, Bruno Cremer pour le colonel Rol-Tanguy, Alain Delon pour Jacques Chaban-Delmas…) tandis que Kirk Douglas assume avec brio le rôle du général américain George Patton. Le thème musical du film, composé par Maurice Jarre, est devenu une chanson Paris en colère, interprétée par Mireille Mathieu.

Mise en perspective

L’engagement des artistes en faveur des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale

 

Généralement perçue comme l’opposition des démocraties aux dictatures et comme l’unique moyen de mettre un terme à la barbarie nazie,  la Seconde Guerre mondiale suscite l’engagement de nombreux artistes en faveur des Alliés. Cet engagement débouche même parfois sur une implication directe : participation au conflit ou entrée dans la Résistance. Mais elle se traduit rarement, dans l’œuvre d’art, par un manichéisme simpliste : ainsi, Robert Capa, par exemple, manifeste volontiers sa compassion pour les victimes et ses photos de soldats allemands, au moment de la libération de Paris, témoignent d’une réelle sympathie pour les individus des deux camps.

Dans les années 1960, le cinéma américain produit de nombreux films consacrés à la Seconde Guerre mondiale et nettement engagés en faveur des Alliés : Le Jour le plus long de Ken Annakin, Andrew Marton, Bernhard Wicki et Gerd Oswald, sorti en 1962, Le Pont de Remagen de John Guillermin, sorti en 1969, La Grande Evasion de John Sturges, sorti en 1963 …

La littérature n’est pas en reste. Journaliste à Combat (organe d’un mouvement de Résistance), Albert Camus écrit de très belles lignes, dans un article du 24 août, sur la libération de Paris tandis que Paul Eluard publie, sur le même thème, un superbe poème dans les Cahiers du communisme : « […] Paris osant montrer ses yeux/ Paris osant crier victoire/ En plein mois d’août un lundi soir […] ».

 

La démarche

Découverte du contexte

Une recherche en salle TICE ou à la maison permet de situer le contexte dans lequel se déroule la libération de Paris : la défaite française du printemps 1940, l’occupation de la capitale à partir du 14 juin, les différentes étapes de la libération (à partir de juillet 1944 : manifestations / 18 août : ordre de mobilisation générale du colonel Rol-Tanguy/ 19 août : premier jour de l’insurrection/ 21 août : premières constructions de barricades/ 22 août : ordre d’Hitler de détruire Paris/ 24 août : arrivée du capitaine Dronne à l’Hôtel de Ville/ 25 août : la 2e DB investit Paris/ 26 août : défilé de de Gaulle sur les Champs Elysées).

Etude des œuvres d’art

La mise en parallèle des photos d’Albert Capa, du texte de Lapierre et Collins et du film Paris brûle-t-il ?, et l’utilisation d’un SIG, permettent de retrouver l’empreinte de la libération dans l’urbanisme parisien et de découvrir ses principaux acteurs. Les différentes œuvres liées à l’événement sont étudiées, puis la mise en perspective débouche sur l’introduction d’autres œuvres qui témoignent de l’engagement des artistes pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Production 1

Réalisation d’une typologie

 

On peut alors se poser la question de savoir de quelle manière se manifeste l’engagement des artistes et proposer aux élèves de réaliser une typologie illustrée par des exemples pris dans les œuvres étudiées.

 

 

Héroïsme des populations

Mise à l’honneur des valeurs morales (patriotisme, humanisme…)

 

Défense d’une cause présentée comme juste

 

Espoir en un avenir meilleur

 

Nécessité du souvenir, de la mémoire

 

 

Production 2

Dossier

 

Après avoir étudié les deux volets de la problématique initiale (Quelle est l’attitude des artistes face à la guerre ?), et compris le concept d’art engagé, l’élève constitue un dossier comprenant des œuvres d’artistes présentant la guerre de manière positive mais aussi de manière négative.

 

 

Evaluation

L’élève présente sa production. Il est ensuite interrogé sur deux œuvres d’art (non étudiées auparavant) illustrant, de manière favorable et défavorable, la guerre. On lui demande :

- De replacer les œuvres dans leur contexte historique

- De présenter éventuellement les artistes (s’il les connaît)

- De préciser, en argumentant, l’engagement de chacune des œuvres (« pour » ou « contre »)

- D’évoquer un ou plusieurs procédés mis en œuvre par les artistes pour traduire leur engagement

- D’établir des rapprochements avec une œuvre déjà étudiée

Cette évaluation s’effectue à l’aide d’une grille précisant clairement les capacités et connaissances attendues. Elle peut concerner l’élève individuellement ou un groupe d’élèves (maximum trois pour que chacun puisse s’exprimer au moins 5 minutes).

 

Grille d’évaluation

 

Connaissances, capacités, attitudes

Items

Notation

 

 

 

 

 

Connaissances

 

Le contexte historique

 

 

Quelques œuvres représentatives de la problématique

 

Le parcours de quelques artistes engagés

 

 

Un langage artistique spécifique

 

 

 

 

 

 

 

Capacités

Situer les œuvres dans le temps et l’espace

 

 

 

Identifier un type d’œuvre

 

 

Analyser une œuvre en fonction de la problématique initiale (sujet, techniques)

 

Etablir des comparaisons avec d’autres œuvres

 

 

Maîtriser la communication orale

 

 

 

 

Attitudes

Implication, intérêt, enthousiasme

 

 

Posture et aisance à l’oral