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L’image de la femme dans l’Antiquité / Volet 2

La femme en Grèce : mythe ou réalité ?

mardi 9 novembre 2010, par O.Lacaille d’Esse

En Grèce, l’image de la femme dépend étroitement du contexte (religieux ou civil) ; si les déesses grecques manifestent volontiers leur puissance et leur forte personnalité, la femme grecque (dans l’Athènes du Ve s. av. J.-C.) reste bien souvent confinée dans son gynécée et joue un rôle très secondaire. Les sources iconographiques et littéraires témoignent de cette opposition entre la femme mythique et la femme réelle.

1- Les déesses grecques

 

Dans la religion grecque, les divinités féminines tiennent une place importante et Pierre Brulé, dans Les Femmes grecques à l’époque classique (Hachette Littératures, 2001), parle même d’un « taux de féminisation record ». Parmi les douze Olympiens, cinq déesses jouent un rôle majeur : Déméter, Héra, Aphrodite, Artémis et Athéna. Cette dernière peut être choisie comme exemple pour illustrer le propos.

Dotée d’attributs guerriers – bouclier à tête de Méduse, casque, cuirasse et javelot - , Athéna a une allure qui force le respect ! C’est équipée de toutes ses armes, réservées dans la réalité à la population masculine, qu’elle sort de la tête de son père Zeus fendue par la hache d’Héphaïstos. Guerrière, mais aussi vierge et née sans le concours d’une mère, la déesse semble nier sa féminité et se présente, dans Les Euménides d’Eschyle, comme une fille « toute du côté du père » avec un cœur « tout acquis au mâle ».

Ayant hérité de l’intelligence de Métis, Athéna oppose son efficacité guerrière – qu’elle met d’ailleurs volontiers au service de la paix – à la force brutale d’Arès et excelle dans les activités techniques comme dans celles de l’esprit. Une sagesse qui l’oppose radicalement à la femme grecque, taxée d’idiotie par Sémonide d’Amorgos, dans son poème Sur les femmes.

Déesse poliade d’Athènes, elle est l’objet de tous les honneurs : temples de l’Acropole, statue chryséléphantine, fête des Panathénées … Elle affiche sa puissance au quotidien dans la cité de Périclès, une cité qui cantonne les femmes au gynécée !

 

 

Objets culturels

 

Une déesse « toute du côté du père »

Statues d’Athéna (en particulier, copies de l’Athéna chryséléphantine de Phidias)

Vases à figures noires ou à figures rouges (en particulier, nombreuses représentations de la naissance d’Athéna)

Une intelligence utilisée à bon escient

Hymnes homériques (à Aphrodite, hymne III et à Athéna, hymne XXVIII)

Des honneurs à profusion

Parthénon

Frise des Panathénées

 

 

 

2- Les héroïnes de l’épopée homérique

 

Reines, princesses, épouses ou filles de héros, les femmes sont très présentes dans l’épopée homérique. Vouées aux tâches domestiques et soumises à l’autorité des hommes, elles se distinguent néanmoins clairement de la femme athénienne du Ve siècle.

D’abord par l’amour que leur porte leur conjoint. Réservé dans l’Athènes de Périclès aux hétaïres, aux concubines ou aux jeunes garçons, il se manifeste régulièrement dans les relations entre époux aussi bien dans l’Iliade que dans l’Odyssée.

Dans l’Iliade, Hector et Andromaque semblent former un couple très uni et le héros troyen n’hésite pas à manifester son inquiétude pour le sort de sa femme après la défaite de Troie : « J’ai moins de souci de la douleur qui attend les Troyens […] que de la tienne alors qu’un Achéen, à la cotte de bronze, t’emmènera pleurante, t’enlevant le jour de la liberté.  » (Iliade, X, 450-455). Même constat dans l’Odyssée avec Ulysse et Pénélope dont Athéna prolonge la nuit d’amour après leurs retrouvailles …

Autre différence : contrairement à la femme athénienne, l’héroïne de l’épopée homérique participe à la vie sociale, s’invite dans les banquets et y prend même parfois la parole. En témoigne l’épisode consacré au retour d’Hélène chez Ménélas dans le chant IV de l’Odyssée.

Il n’en reste pas moins que ces héroïnes demeurent des femmes et la colère de Télémaque qui reproche à sa mère de sortir de son rôle et lui intime de retourner à sa quenouille est , à cet égard, révélatrice : « Remonte donc chez toi, retourne à tes travaux, toile et quenouille, et donne l’ordre à tes suivantes de se mettre à l’ouvrage : la parole est affaire d’hommes, et d’abord mon affaire car la force ici m’appartient.  »

 

Objets culturels

 

 

Des femmes aimées par leur époux

 

Iliade, X, 450-455

Odyssée, XXIII, 209-248

 

Des femmes présentes dans la vie sociale

 

Odyssée, IV, 120-156

 

Des femmes néanmoins vouées aux fonctions domestiques

 

Odyssée, I, 327-371

 

 

 

3- La femme dans l’Athènes de Périclès

 

Exclue des fonctions politiques et placée sous l’autorité d’un kyrios (tuteur), la femme athénienne se présente comme une éternelle mineure. Elle n’a pas d’avis à donner et semble même exclue des décisions qui la concernent directement. Ainsi l’engyésis, contrat qui a pour objet la transmission d’une fille d’une « maison » (oikos) à une autre « maison », relève du père et du futur époux : la « fiancée », quant à elle, n’a rien à dire ! Impossible également pour la femme athénienne d’assister aux réunions de l’Assemblée ou de briguer une quelconque magistrature : la démocratie grecque se limite aux hommes à cette époque ...

Vouée à la procréation d’enfants légitimes, donc à la survie de la lignée et à la transmission des biens, la femme du citoyen est également chargée de conserver et gérer le patrimoine de l’oikos. Elle dirige la maison et s’adonne à des tâches domestiques, disposant en cela d’une réelle autorité sur les serviteurs dont elle est la despoïna, la maîtresse. A l’exception des plus pauvres, contraintes par nécessité économique de sortir de chez elles, les Athéniennes vivent donc cantonnées au gynécée depuis leur enfance. Elles ne participent même pas aux réceptions, sinon pour surveiller les esclaves, et ne peuvent quitter la maison qu’à l’occasion de quelques rares fêtes religieuses comme les Thesmophories.

Cette situation peu enviable paraît directement liée à une forte tradition de misogynie qui remonte à loin : une tradition mise en mots par Hésiode dans sa relation du mythe de Pandore, par Sémonide d’Amorgos dans son poème Sur les femmes ou, plus tard, par les poètes tragiques.

 

Exceptions à ce sombre tableau, les hétaïres (courtisanes) bénéficient d’un statut particulier et peuvent accéder, en vendant leurs charmes, à une certaine liberté. Eduquées, parfois instruites, elles manient volontiers l’argent, participent aux banquets ou, comme Aspasie – la célèbre concubine de Périclès -, tiennent même salon.

 

 

Objets culturels

 

Une éternelle mineure

Xénophon, L’Economique

Une vie de recluse

Xénophon, L’Economique

Vases à figures rouges

Une longue tradition de misogynie

Hésiode, La Théogonie (v. 535- 616)

Hésiode, Les travaux et les Jours (v. 43 – 106)

Sémonide d’Amorgos, Sur les femmes

Euripide, Hippolyte (v. 616 - 642)

Une exception : les hétaïres

Plutarque, Vie de Périclès

 

Odile Lacaille d’Esse, Collège Victor Hugo de Lugny