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Une ville qui “rétrécit” (shrinking city) Détroit

samedi 2 avril 2016, par C.Sauge, Cécile De Joie

Le terme de "shrinking city", traduit par ville rétrécissant, désigne un phénomène de rétrécissement urbain qui touche les villes sur trois plans : démographique, par la perte de population ; économique, par la perte d’activités, de fonctions, de revenus et d’emplois ; et social, par le développement de la pauvreté urbaine, du chômage et de l’insécurité. Les shrinking cities sont d’abord associées au "déclin urbain" ou encore à la "décroissance urbaine" des villes industrielles états-uniennes et allemandes (schrumpfende Städte) dans les années 1970-1980 et touchent désormais un certain nombre de grandes villes du monde, d’abord européennes et, depuis les années 1990, des pays émergents.
Elles sont la manifestation spatiale d’une mise à l’écart de ces villes dans la mondialisation. Mais dans certains cas (villes allemandes, japonaises...) ce phénomène serait davantage lié au déclin démographique, serait plus ancien (des différences entre l’Est et l’Ouest) et n’aurait pas les mêmes répercussions spatiales.

Sitographie à propos des Shrinking cities :

- Géoconfluence, glossaire : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/shrinking-city
- Manuel Wolff, Sylvie Fol, Hélène Roth et Emmanuèle Cunningham-Sabot, « Shrinking Cities, villes en décroissance : une mesure du phénomène en France », Cybergeo : European Journal of Geography [En ligne], Aménagement, Urbanisme, document 661, mis en ligne le 08 décembre 2013, consulté le 21 mars 2016. URL : http://cybergeo.revues.org/26136
- Hélène Roth, « Les « villes rétrécissantes » en Allemagne », Géocarrefour [En ligne], Vol. 86/2 | 2011, mis en ligne le 05 mars 2012, consulté le 22 mars 2016. URL : http://geocarrefour.revues.org/8294
- Une émission de France culture qui offre une synthèse : http://www.franceculture.fr/blog-globe-2011-02-23-nos-villes-sontmortelles.html
- Cartes du phénomène à l’échelle européenne : http://shrinking.ums-riate.fr/figures2.php

Pistes pour une étude de cas sur Détroit

- Objectifs : comprendre que la mondialisation a des effets spatiaux, qui traduisent une situation économique et sociale.

Problématique : comment le déclin d’une métropole, mal connectée au monde, se traduit sur le territoire de la ville ?

Compétences du socle (possibles, non exhaustives...)
- Se repérer dans l’espace : construire des repères géographiques
- Nommer et localiser un lieu dans un espace géographique.
- Nommer, localiser et caractériser des espaces.
- Raisonner, justifier une démarche et les choix effectués
- Poser des questions, se poser des questions.
- Analyser et comprendre un document
- Comprendre le sens général d’un document.
- Extraire des informations pertinentes pour répondre à une question portant sur un document ou plusieurs documents, les classer, les hiérarchiser.
- Pratiquer différents langages en histoire et en géographie
- S’approprier et utiliser un lexique spécifique : métropole, centre, périphérie, friche industrielle, dépeuplement, ségrégation, désindustrialisation...

Capacités : lire et comparer des paysages, cartes à différentes échelles, mettre en relation un texte et un paysage, lire ou réaliser un schéma de l’organisation urbaine.

I. Une métropole américaine
La ville, cadre de vie de la majorité des Américains et pièce majeure de l’organisation du territoire.
Documents manuel de géo : cartes des villes aux Etats-Unis, plan type, etc.

Histoire : En 1896, Henry Ford y construit sa première fabrique automobile dans un atelier situé sur Mack Avenue. En 1904, il fonde la Ford Motor Company. Ford, ainsi que d’autres pionniers de l’automobile comme William Crapo, Durant, les frères Dodge, Packard, et Walter Chrysler contribuent au statut de capitale mondiale de l’automobile attribué à Détroit.

Localisation :


- une région transnationale et sur une voie de communication importante.
- Nord-Est, dans l ʼEtat du Michigan, à 1000 km à l ʼouest de NY. Ville frontière avec le Canada. Windsor est la ville canadienne lui faisant face. Situation stratégique au cœur des voies navigables des Grands Lacs donc centre logistique.

II. Les signes du déclin urbain
- signes locaux et internationaux : Crise automobile à l’échelle internationale
- les Big Three (Ford, Chrysler, GM) : place sur le marché national :
- de 65% en 2000 à 46,5% en décembre 2008 (article Laurent Carroué, Monde Diplomatique, fév 2009),
- concurrence des groupes japonais (45% du marché us) et dans une moindre mesure européens (9%).
Ici peut se faire le lien avec la mondialisation. Détroit n’est plus suffisamment connectée aux marchés internationaux, sa mono-industrie souffre de la concurrence : effets directs sur le territoire.
(lien avec le thème 2 du programme : adaptation du territoire US à la mondialisation, avec la littoralisation, les interfaces et la mise à l’écart (relative) du Nord-Est.)

De nombreux documents sont mobilisables sur les signes du déclin :
http://www.20minutes.fr/monde/diaporama-3125-photo-728563-diaporama-bienvenue-detroit-michigan
Dans Google maps, utilisez des vues repérées et la possibilité d’afficher le même espace à différentes dates :
http://www.konbini.com/fr/tendances-2/goobing-detroit-degradation-detroit-tumblr/
http://www.goobingdetroit.com/

Extrait dʼun article de Allan Popelard et Paul Vannier, géographes à l’Institut français de géopolitique-université Paris-VIII, Le Monde Diplomatique, janvier 2010.
« Tu sens ? Tu sens cette odeur ? » Dave, la trentaine, habite sur 7 miles road, en plein cœur des quartiers pauvres de Détroit, ceinture d’une dizaine de kilomètres de large entre le centre-ville, downtown, identifiable à ses gratte-ciel, et les suburbs, ces banlieues aisées s’étalant à la périphérie de la ville. En face de chez lui, de l’autre côté de la rue, cinq tas de cendres. Autant de maisons qui, il y a deux mois encore, étaient habitées. « Y en a une autre qui a brûlé cette nuit. Toutes les semaines, y en a une autre qui part en fumée dans le quartier. Les gens font ça pour toucher la prime d’assurance et partent s’installer en banlieue. Plus personne ne veut vivre ici ».

III. Vers une nouvelle organisation de l’espace de Détroit ?

- 35% du territoire est inhabité : 1,8 million d’habitants en 1950, contre 690 000 en 2013. Le centre perd au profit de la périphérie.

- Une ségrégation sociale et raciale accentuée :
- Noirs autour du centre, dans les quartiers dégradés, ces populations sont peu mobiles, elles ne peuvent se rendre sur un lieu de travail de plus en plus éloigné en lointaine banlieue. La question sociale est aussi une question de mobilité.
- Blancs en banlieue à partir des années 60 au moment du mouvement pour les droits civiques puis de la radicalisation et parfois des émeutes urbaines.

Les lieux du pouvoir économique ? Le siège de General Motors est resté dans le CBD mais Ford et Chrysler ont leurs sièges dans les edges cities, dans les banlieues se créent des nouvelles zones industrielles ou technopôles.
Quelques-uns des caractères de la ville américaine sont maintenus.

Réorganiser l’espace avec de nouvelles fonctions ?
- détruire les maisons vides et resserrer l’espace de la ville
- le développement de l’agriculture urbaine ?

Sources sur l’agriculture urbaine à Détroit :
- Site de l’association du design urbain : http://aduq.ca/2014/10/de-la-motor-city-a-la-cite-morte-detroit-etlagriculture-urbaine/
La solution est venue des habitants eux-mêmes ; plus de 500 000 d’entre eux vivent dans un désert alimentaire, soit dans un quartier avec un problème d’accessibilité (physique ou financier) à des aliments frais. La solution : réutiliser les terrains vagues et y installer, à petite échelle, des potagers et jardins communautaires, ou à grande échelle, des fermes urbaines. Le mouvement, existant depuis quelques décennies, a pris de l’ampleur au cours des dernières années. Malgré les obstacles existants (législation, pollution des sols...), les habitants se regroupent et bâtissent plusieurs projets viables sur le territoire de la ville.

- C’est pas du vent, Détroit : la renaissance par l’agriculture urbaine, par Anne-Cécile Bras
Diffusion : samedi 11 avril 2015 http://www.rfi.fr/emission/20150411-2-detroit-agriculture-urbaine-alimentation-jardins
- http://www.agrobiosciences.org/article.php3?id_article=3644#.VvFDIUeDfoY

Détroit : l'agriculture urbaine, antidote à la désindustrialisation ? from Alter-Echos on Vimeo.

Après Montréal (Québec), Milwaukee et Denver (Etats-Unis), Rosario (Argentine), Rio de Janeiro (Brésil), Alter-Echos (www.alter-echos.org) poursuit son tour d'horizon des expériences d'agriculture urbaine marquantes avec une vidéo de 15 minutes sur Détroit et ses habitants qui prétendent réinventer leur ville à partir de l'autosuffisance alimentaire.
Aujourd’hui plus de 16 000 résidents seraient investis dans 1 300 jardins. Les motivations sont diverses : certains cultivent pour survivre, d’autres pour nourrir les plus démunis, avoir accès à de la « nourriture saine« , recréer du lien social dans le quartier ou développer une activité économique locale… Tous à leur manière façonnent une société post-industrielle. Qui inspire.
Pour aller plus loin : http://alter-echos.org/alternatives-concretes/detroit-lagriculture-urbaine-antidote-a-la-desindustrialisation/

Pour une mise en perspective, le site allemand Shrinking cities (version en anglais) propose des études de cas avec des vidéos exploitables en classe : http://www.shrinkingcities.com/standorte0.0.html?&L=1

Pour approfondir le sujet, un répertoire de liens à compléter :

Shrinking cities, par profcdj