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Conteneurs contre pêcheurs à Pointe-à-Pitre

Maritimisation de la Guadeloupe et conflit d’aménagement.

lundi 17 décembre 2018, par Mathieu Chartier

Construire un raisonnement multiscalaire avec Édugéo, pour comprendre les enjeux du développement de port Jarry (Pointe-à-Pitre, Guadeloupe) inscrit dans l’arc caribéen à proximité de routes maritimes mondiales.

Mondialisation, maritimisation et concurrence exacerbée.

La mondialisation incite les ports ultramarins à moderniser leurs infrastructures portuaires (agrandissement des quais, des chenaux, des capacités foncières, de nouveaux portiques) pour se maintenir dans la compétition internationale. Le basculement de l’économie portuaire vers l’Asie et l’agrandissement des écluses de Panamá au gabarit néopanamax (navires de 366 m de long 49 m de large) ont accéléré cette tendance de fond. Les ports de la Guadeloupe et de la Martinique entendent conforter leur position de hub de transbordement pour le trafic local caribéen. Ils sont d’ores et déjà distancés dans le transbordement international avec le port de Mariel à Cuba, Freeport aux Bahamas, Kingston en Jamaïque, Caucedo en République Dominicaine, Limón au Costa Rica, Colón, Cristobal et Balboa au Panama et enfin Carthagène en Colombie. Ces derniers présentent en effet l’avantage de bénéficier de charges sociales et salariales faibles, d’une fiscalité plus attrayante et de normes environnementales moins contraignantes.

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Le Grand Port Maritime de la Guadeloupe, port Jarry, entend devenir un hub régional dans les Caraïbes Sud en proposant des infrastructures renouvelées pour les terminaux de croisière comme de conteneurs. Pour ce faire, une opération majeure d’aménagement a été lancée qui devrait aboutir en 2025. Relatés dans un article de 2015 dans le journal Le Monde, ces travaux engendrent des tensions locales entre pêcheurs et autorités gestionnaires du GPM de Pointe-à-Pitre.

Comprendre les effets en cascade de la mondialisation et de la maritimisation à la Guadeloupe.

Cette étude de cas offre l’opportunité d’analyser les effets en cascade de la mondialisation et de la maritimisation de la Guadeloupe. La fiche de travail jointe fixe le questionnement, les objectifs et les compétences ciblés par le professeur. Même s’il ne s’agit, en l’état, que d’une séance d’accompagnement personnalisé d’une heure, le corpus documentaire permet aisément de développer une activité au plus long cours sur 2 voire 3 heures.

La notion d’échelle et la difficulté de sa maîtrise :

Au fil des années, je constate les difficultés des élèves pour se lancer dans une réflexion multiscalaire. Ils peinent à repérer l’échelle d’observation où ils se situent à un instant T lorsqu’ils accomplissent une démarche d’analyse sur un territoire. L’articulation et-ou la circulation entre les niveaux spatiaux retenus nécessitent des compétences d’abstraction parfois difficiles à maîtriser pour certains élèves sans s’égarer. Cependant, l’esprit de synthèse qu’il convient de mettre en œuvre pour avancer dans ce type d’exercice est proche des capacités utiles à l’exercice de composition notamment pour structurer la démonstration.

Fréquemment utilisé en géographie, le terme « échelle » est polysémique et fait débat. C’est une notion qui renvoie à l’idée d’observer l’ensemble des phénomènes à l’œuvre en se posant la question de leur emprise spatiale et de leur positionnement vis-à-vis de l’espace étudié.
L’échelle désigne au sens strictement cartographique le rapport entre une distance réelle, mesurée dans l’espace terrestre et celle de sa représentation sur une carte. Puisqu’il s’agit d’un rapport, l’échelle sera donc "petite" lorsque le dénominateur est grand et inversement "grande" lorsque ce dernier est petit (du 1/1 000 000e au 1/25 000e par exemple). Ainsi, à dimensions cartographiques égales, la portion de l’espace représentée est plus vaste à petite échelle qu’à grande échelle.

Les faits géographiques doivent être étudiés à l’échelle adaptée, en fonction de leurs caractères, des problématiques abordées. Ils pourront parfois être appréhendés à divers niveaux d’échelle (de manière dite multiscalaire) qui apparaîtront donc emboîtés les uns dans les autres. De tels changements d’échelle, par leurs effets de « zoom avant » ou arrière, se révèlent particulièrement féconds pour révéler des réalités, des phénomènes différents ou différemment en modifiant perceptions et représentations. Le « jeu des échelles » constitue un outil pour envisager une approche systémique d’investigation sur un espace donné. L’analyse géographique, lorsqu’elle porte sur des thématiques liées au développement durable ou à la mondialisation, pourra tout particulièrement tirer profit des changements de focale qui font passer du « local au global » ou inversement, sans oublier toutes les échelles intermédiaires. Lorsqu’il s’agit d’un conflit, les situations se caractérisent par l’enchevêtrement et la multiplicité des facteurs qui les constituent notamment du point de vue spatial. Béatrice Giblin propose de mettre en œuvre le raisonnement diatopique, multiscalaire, pour développer différents niveaux d’analyse et repérer les intersections entre les ensembles spatiaux.

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Le renouvellement de la réflexion multiscalaire avec les globes virtuels :

L’usage des globes virtuels permet de modifier aisément le champ de l’espace représenté par zoom avant ou arrière, glissement ou balayage. Il renouvelle la nécessité de faire identifier de manière rigoureuse l’échelle, ou les échelles, retenues lors de l’observation. Le portail Éduthèque Édugéo offre ainsi la possibilité de mener des études à plusieurs échelles sur un ou plusieurs territoires à l’aide des couches d’informations cartographiques disponibles. La légende constitue le fil conducteur de la démonstration en respectant une structure logique, scalaire si possible. Dans cette optique, les fichiers de correction proposés sont corrélés étroitement avec l’échelle d’observation retenue permettant de décomposer la démonstration pas à pas.

En fin de compte, l’exercice de remise en ordre de la légende d’un croquis puis la rédaction de ses titres pourraient sembler des tâches élémentaires. L’entrée dans une logique scalaire complexifie et enrichie la démarche en offrant des perspectives de développements rédigés ou schématiques stimulantes. La mondialisation comme la maritimisation ne peuvent s’entendre sans ces allers et retours permanents entre le local et le global. L’exemple du port de Pointe-à-Pitre Jarry n’en est qu’un, certes emblématique, parmi d’autres. Il met en exergue les conséquences de la mondialisation et de la pression anthropique sur les territoires. Il n’en est que plus étonnant que La Martinique au GPM de Fort-de-France poursuive un développement similaire. Quelles synergies ou rivalités peuvent dégager Pointe-à-Pitre et Fort-de-France au sein de l’arc caribéen et des petites Antilles ?

Bibliographie, sitographie :
La notion d’échelle :

http://geoconfluences.ens-lyon.fr/g...
Sous la direction de Philippe Sierra, La géographie : concepts, savoirs et enseignements, Armand Colin, 2015.
Béatrice Giblin, Géographie des conflits, Documentation photographique n°8086, 2012

Port Jarry, La Guadeloupe et les territoires ultramarins :
Les outre-mers européens, Documentation photographique, n°8123, Mai-juin 2018
Les notes de synthèse ISEMAR https://www.isemar.fr/fr/notes-de-s...
Revue d’actualité maritime MERETMARINE https://www.meretmarine.com/fr

Ressources pédagogiques :
Le portail de ressources numériques Éduthèque : http://www.edutheque.fr/accueil.html
Et l’application de cartographie dédiée au croquis Édugéo : https://www.edugeo.fr/


Voir en ligne : Source : Le Monde, "En Guadeloupe, conteneurs contre pêcheurs"